C'était inévitable. Sitôt connue la décision des juges, les analystes, longtemps discrédités par les scandales, ont relevé la tête. Un professionnel américain n'a pas hésité à affirmer que «les accusations d'analyses boursières biaisées relèvent plus de la théorie de la conspiration que d'accusations intelligentes fondées sur des faits». Sans préjuger des prochaines décisions de justice, ce retournement psychologique est spectaculaire. Les deux jugements prononcés mardi comportent le danger de l'essentiel: en recommandant chaudement à l'achat des titres Internet pourris et qualifiés comme tels à l'interne des banques, des analystes se sont fourvoyés et ont lésé des milliers d'investisseurs. Ça, c'était la salutaire leçon Spitzer-SEC.

Ceci dit, malgré ses propos excessivement sévères à l'encontre des «spéculateurs», le juge Milton Pollack constate que le premier responsable de ses actes, c'est l'investisseur. Ce rappel bienvenu doit faire taire les prétentions de tous les boursicoteurs qui ont pris des risques et veulent en faire porter un peu légèrement la responsabilité à des tiers. Du haut de sa longue expérience, le juge aurait pu ajouter qu'en affaires, la confiance ne doit s'octroyer qu'avec parcimonie.