Aucune preuve n'a encore été apportée, ni de la volonté de Merck d'avoir sciemment dissimulé des données cliniques fondamentales, ni de la FDA d'avoir fermé les yeux sur des résultats scientifiques déconcertants. Pourtant, de lourds soupçons planent sur ces institutions, qui, toutes deux, n'ont pas tenu compte de l'avis «dérangeant» de collaborateurs qui tentaient de tirer la sonnette d'alarme à propos de Vioxx. La FDA arrondit son budget grâce à des contributions de l'industrie qu'elle est chargée de contrôler. Merck, comme d'autres entreprises pharmaceutiques, est constamment tiraillée entre l'obligation de satisfaire ses actionnaires en engrangeant rapidement des bénéfices fortement réinvestis dans la recherche, et celle de ralentir le développement d'un médicament dans l'attente de données scientifiquement irréprochables, notamment sur les effets secondaires. Le cas Vioxx met en lumière des dysfonctionnements, dont une partie s'explique par l'énorme pression économique liée à la mise sur le marché de nouveaux produits. L'amélioration de la sécurité thérapeutique dépendra étroitement du nombre de chercheurs indépendants de l'industrie et de la mise en place de règles précises sur le contrôle et le suivi des études cliniques.