Le climat n'est pas très sain en ce moment au sein de La Poste. Le personnel se sent désécurisé par des réformes aux contours sinueux et n'est qu'à moitié rassuré par le report du projet de flexibilisation des salaires. Dans ce contexte tendu, le double visage d'Ulrich Gygi n'arrange pas les choses. Entrepreneur inflexible soucieux de rentabilité côté pile, patron débonnaire prêt à noyer le poisson des réformes dans un calendrier flou, la multiplication des variantes, et des plans sociaux généreux côté face, le socialiste dégage une image peu fiable. Les évidentes qualités de l'homme ne sont pas en cause. Il est en réalité prisonnier d'une fonction bourrée de contradictions. La Poste est prise entre plusieurs feux. Entreprise publique dont le parcours peut sans cesse être réorienté par des décisions politiques du parlement ou du peuple, terrain syndical symbolique de la lutte pour le maintien du service public et de la préservation des acquis, elle se frotte à la réalité de la concurrence de plus en plus vive due à la réduction de sa part de monopole. Comment diriger un navire si le cap dépend du climat politique et que le capitaine n'est pas maître de la manœuvre? Le louvoiement est donc devenu la seconde nature de La Poste.