Landis & Gyr, l'un des derniers fleurons industriels de l'économie genevoise, disparaît. Le fonds d'investissement américain Texas Pacific Group a raté son pari. Son but est d'acquérir des marques prestigieuses souvent en difficulté pour les «sauver». Dans son tableau de chasse, il compte notamment les marques italiennes Ducati et Piaggio, les entreprises américaines Del Monte, American Airlines ou les suisses Bally et… Landis & Gyr. Le métier des sociétés de participations, c'est de spéculer sur un nom, d'investir à court terme et de trouver un successeur-acheteur. Cette opération financière, sans état d'âme, est à haut risque mais si elle fonctionne, elle peut rapporter aux investisseurs un joli pactole. Du côté de l'entreprise, être prise dans les mailles du filet de ce type d'actionnaires comporte un autre danger. En général, les objectifs de rentabilité qui lui sont fixés sont très élevés et difficiles à atteindre avec, au bout du compte, la condamnation de son capital humain. La responsabilité de cette déroute n'incombe pas uniquement à Texas Pacific Group et aux banques prêteuses, mais aussi à une succession d'erreurs stratégiques. Il y a dix ans, Landis & Gyr aurait sans doute pu devenir le Nokia helvétique. Mais les dirigeants de l'époque ont préféré miser sur l'essor des cabines téléphoniques publiques plutôt que sur le téléphone mobile. Pour faire face à la concurrence toujours plus ardue dans la production industrielle, seuls les investissements à long terme peuvent garantir la survie d'une entreprise. La mode actuelle est à l'encaissement rapide d'une plus-value plutôt qu'au soutien sans faille ad eternam. Oui, mais jusqu'à quand?