«Les Français croient en Dieu, les Allemands à la Bundesbank», aurait dit un jour Jacques Delors. Ce mot pour rire ne doit rien au hasard. La banque centrale allemande a longtemps inspiré un respect inégalé. Elle réussit à contenir l'inflation dans des temps chahutés. Le D-Mark devint symbole de stabilité. L'indépendance absolue de l'institution était la clef de son succès.

Les temps ont changé. Dans l'affaire Weltecke, le directoire de la Bundesbank se fourvoie. L'institution a tardé à prendre l'affaire au sérieux. Il lui a fallu trois jours et beaucoup de pressions pour organiser une séance de crise. Elle décide maintenant de jouer les prolongations. Ce verdict est celui d'une institution divisée et affaiblie.

Il n'est pas certain que Weltecke ait enfreint la loi. En revanche, il a violé le code éthique de la Banque centrale européenne. Ce texte, qu'il a lui-même signé, interdit aux dirigeants de la BCE d'accepter des avantages de tiers, quels qu'ils soient. Le banquier central a encore manqué d'instinct politique. Enfermé dans sa tour d'ivoire, Weltecke ne comprend plus le monde. Celui-ci a changé. On assiste partout à une recrudescence des exigences de la société envers ceux qui la dirigent. L'Etat exige des sacrifices de tous; il n'est pas crédible si ses propres serviteurs ne donnent pas l'exemple. Ernst Weltecke aurait dû en tirer seul les conséquences.