L'issue du duel entre les actionnaires anglo-saxons et les dirigeants de Deutsche Börse a démontré de façon embarrassante qui préside réellement aux destinées du groupe. Werner Seifert est un patron qui n'a pas les mains libres. En témoigne la menace d'Atticus Capital et de TCI Fund Management, les deux hedge funds qui contrôlent ensemble 10% du capital, de le mettre à la porte, ainsi que le président Rolf Breuer.

Face à des actionnaires à la culture activiste, le CEO a dû ravaler ses ambitions d'acquisition. La volonté de toute une équipe de direction, appuyée par son conseil d'administration, a cédé face à celle d'actionnaires, qui s'estiment plus compétents pour déterminer l'avenir du groupe. Manifestement peu soucieux d'explorer une stratégie de création de valeur à long terme, qu'aurait pu permettre une intégration avec la plus grande Bourse d'Europe, ils ont préféré allouer ces liquidités à un rachat d'actions. Troquer une vision industrielle contre un simple remboursement de capital consacre le triomphe du court terme et de la gestion capitalistique.

Le pouvoir excessif des actionnaires dans cette affaire nous rappelle pourquoi, à l'origine, les principes de gouvernance d'entreprise et d'équilibre des pouvoirs veulent que ce ne soient pas les propriétaires financiers, mais une équipe de direction professionnelle qui soit dédiée à la gestion d'entreprise. Au final, Deutsche Börse aura renoncé à un pari stratégique longtemps étudié qui aurait peut-être, comme le croit le doublement frustré Werner Seifert, profité en premier à la valeur actionnariale, sur le long terme.