En pleine campagne des municipales, la fuite dont a généreusement bénéficié Le Monde permet de tester la réaction de la classe politique française et le degré de combativité des élus locaux. Mais c'est avant tout Danone qui, dans cette affaire, joue gros en termes d'image. Une telle annonce n'avait surpris personne de la part d'un autre industriel français, Michelin, dont la gestion des affaires s'apparentait plus au XIXe qu'au XXIe siècle.

Ce qui surprend, avec Danone, c'est la contradiction entre la brutalité du plan de fermeture et le fait que la compagnie ne cesse de vanter son exemplarité en matière de «responsabilité sociale». Et que dire de l'affolement de l'état-major du groupe, prompt à déposer une plainte contre X mais incapable de gérer sa politique de communication?

Jusqu'à aujourd'hui, Danone possédait une excellente image. Le groupe était parvenu à concilier son sens des responsabilités avec son besoin de conquête du marché planétaire. Selon une enquête réalisée par le groupe Swiss Dairy Food, la marque Danone est par exemple l'une des plus citées par les consommateurs romands (lire Le Temps du 24 janvier).

Il faut des années pour bâtir une telle réputation. Mais quelques jours suffisent pour l'ébranler, voire la détruire. Surtout dans le sensible secteur de l'alimentation. La compagnie américaine Coca-Cola en a fait l'amère expérience en été 1999. Pour Franck Riboud, patron de Danone, redorer l'image de l'entreprise sera une tâche d'autant plus ardue qu'il est héritier d'un père – Antoine Riboud – à la fibre sociale marquée.