Incompréhensible. C'est le premier mot qui vient à l'esprit face à la grève sauvage déclenchée par les ouvriers de Swissmetal à Reconvilier. L'usine est-elle menacée de transfert en Chine, ou les salaires ont-ils massivement baissé? Pas du tout. Les commandes affluent, et Swissmetal retrouve confiance dans l'avenir après être passé à deux doigts du gouffre. On cerne d'ailleurs mal ce que veulent les employés – à part le départ préalable du patron, rien que ça –, puisqu'ils n'ont pas pris la peine de spécifier leurs griefs avant de déterrer la hache de guerre.

Apparemment coupable de management insensible «à l'américaine», le directeur ferait tout faux, notamment en changeant des cadres «compétents». Sans porter de jugement, notons que la précédente équipe dirigeante n'avait pas franchement convaincu par ses résultats d'ensemble. Quant aux sacrifices demandés aux salariés (primes supprimées, flexibilisation), ils sont bien moindres que ceux qu'ont consentis les actionnaires pour sauver la société. Oui: les actionnaires, dont UBS, une de ces banques régulièrement accusées de ne rien faire pour l'industrie…

Il y a pas mal d'irrationnel et de démagogie dans cette grève. Et si le nouveau syndicat Unia, qui y joue activement du mégaphone, veut en faire une épreuve test de sa force, il se trompe de combat, de lieu et d'époque, avec pour seul résultat de miner d'entrée de jeu sa crédibilité.