Les «notifications» s'accumulent sur le bureau de Nelly Kroes. La commissaire européenne chargée de la Concurrence doit avaliser les plans de sauvetage bancaires et de garantie des épargnants décidés à travers l'UE. Objectif: dire s'ils constituent ou non des «aides d'Etat». Les cas de Bradford and Bingley (Royaume-Uni), Fortis (Benelux), Dexia (France-Belgique) et Hypo Real (Allemagne) sont actuellement étudiés. Le plan Irlandais de garantie totale des dépôts - la législation européenne impose une garantie minimale de 20000 euros - n'avait, en revanche pas encore été transmis hier. Alors que d'autres pays, comme la Grèce, ont promis de s'aligner sur Dublin.

A priori, l'urgence de la situation et la promesse que les pouvoirs publics revendront dès que possible leurs parts devraient conduire à un feu vert. Mais l'exemple de Nelly Kroes montre que la Commission est, face au choc financier, sur le fil du rasoir. Rejeter un plan de sauvetage - surtout en Irlande, qui a dit non au Traité de Lisbonne - passerait pour un casus belli. Et se profiler comme le futur régulateur en chef est aussi risqué: «Je suis pour une autorité européenne de supervision des banques transfrontalières confirme Nicolas Veron, de l'Institut Bruegel. Mais ce n'est pas le boulot de la Commission. Elle n'est pas outillée pour ça.»

Tour d'horizon bancaire

José Manuel Barroso a donc choisi de consulter. Sans trop en dire. Hier soir, le président de la Commission européenne a ainsi dîné avec une dizaine de banquiers européens, pour un tour d'horizon incluant les propositions émises mercredi par le commissaire McCreevy sur un meilleur encadrement des prêts interbancaires, l'obligation pour les banques de conserver 5% de leurs créances titrisées dans leurs bilans (contre 20% initialement envisagé...), et les agences de notation, sur lesquelles la Commission veut légiférer en novembre.

Mais c'est bien sûr les besoins en liquidités des banques que José Manuel Barroso veut évaluer. L'Allemagne se montrant hostile à la création d'un fonds évoquée par la France, la Commission veut jouer les «go-between» à Paris aux côtés du président de l'Eurogroupe Jean Claude Juncker et du patron de la BCE Jean-Claude Trichet. Pour obtenir la réponse «coordonnée, claire et articulée» qu'il souhaite, le président de la Commission a, lui aussi, les mains dans le cambouis financier.