Une amende de 3,2 milliards de dollars, soit 3,97 milliards de francs. Voici ce qui figure, peut-être, sur le bureau de Mario Monti, commissaire européen à la concurrence chargé du dossier Microsoft. Cinq ans après le lancement de l'une des enquêtes les plus complexes, l'heure est encore aux suppositions. Mais la décision finale se rapproche. Les services de Mario Monti ont confirmé qu'une première décision a été prise, a priori négative pour Microsoft. Une mauvaise nouvelle pour la firme de Bill Gates, actuellement accusée de ne pas respecter l'accord entériné en 2002 avec les autorités américaines.

Que reproche Bruxelles à Microsoft? D'imposer aux utilisateurs de Windows son logiciel Media Player pour le visionnement et l'écoute de fichiers audio et vidéo, et ainsi de discriminer d'autres logiciels du même type conçus par des concurrents, tels Real ou Quick Time. Une bagatelle? Pas vraiment, car qui impose son logiciel multimédia impose son format de fichier, et ainsi son propre système de vente de musique, par exemple. Bruxelles veut également que Microsoft fournisse davantage d'informations aux éditeurs concurrents de logiciels pour serveurs, afin qu'ils soient compatibles avec ceux de la société de Redmond. En novembre dernier, Bruxelles avait accordé trois jours entiers à Microsoft pour plaider sa défense. Aujourd'hui, c'est un projet de décision finale que Mario Monti a soumis aux autres services de l'exécutif européen.

Ce n'est pas avant le printemps – précisément le 1er mai, croit savoir le Financial Times –, que l'ultime décision sera rendue publique. D'ici là, les représentants des autorités de la concurrence des Quinze devront encore être consultés. A écouter les porte-parole de Microsoft, qui affirment que celui-ci «travaille encore activement avec la Commission pour trouver un dénouement favorable à cette affaire», l'issue risque d'être peu favorable à Microsoft. Celui-ci risque au maximum une amende représentant 10% de son dernier chiffre d'affaires annuel (32,19 milliards de dollars sur l'exercice 2002/03), mais rares ont été, jusque-là, les amendes à dépasser le pour-cent du chiffre d'affaires de sociétés condamnées.

Outre-Atlantique, Microsoft traverse également une mauvaise passe. Sorti vainqueur en novembre 2002 d'un vaste procès antitrust initié par les autorités américaines, la société de Bill Gates est aujourd'hui accusée de ne pas se soumettre au jugement. Elle devait ouvrir certaines portions du code source de Windows à ses concurrents, sous «des conditions raisonnables et non discriminatoires», afin de leur permettre de développer des logiciels parfaitement compatibles avec le système d'exploitation. Or seules onze sociétés ont jusqu'à présent utilisé cette possibilité. La semaine passée, le Département de la justice américain a ainsi exigé que Microsoft simplifie la conclusion de contrats portant sur l'ouverture du code source, et en abaisse le coût. La société de Bill Gates a immédiatement affirmé qu'elle allait se conformer à ses exigences. Elle n'a d'ailleurs guère le choix, puisqu'elle a lancé, il y a trois ans déjà, une initiative permettant à des gouvernements et des sociétés triées sur le volet de connaître des portions de code de plusieurs versions de Windows – et même bientôt de sa suite bureautique Office.

La justice américaine continue de surveiller de très près Microsoft. Le groupe vient d'être forcé de modifier une fonction de Windows permettant d'accéder à un magasin de musique en ligne. Appuyer sur le bouton «Shop for Music Online» ouvrait automatiquement Internet Explorer, alors même que l'utilisateur avait sélectionné un autre navigateur que celui de Microsoft.

La société de Bill Gates mène encore deux combats de taille en justice. Elle vient de faire appel d'une amende de 521 millions de dollars pour violation de brevet concernant Internet Explorer, alors que RealNetworks, éditeur de Real, lui réclame depuis un mois un milliard de dollars de dédommagement devant un tribunal californien.