«Il y a des pratiques inacceptables et vraisemblablement irrégulières qui ont eu lieu dans le cadre d'Eurostat», et ce «sur beaucoup plus d'années qu'on ne le pensait». Neil Kinnock, vice-président de la Commission européenne, n'a pas mâché ses mots, hier à Bruxelles, en annonçant le lancement d'une procédure disciplinaire sévère à l'égard de plusieurs responsables de l'Office européen de la statistique (Eurostat).

Le soupçon de fraude au sein de cet organisme européen n'est pas neuf. Des plaintes sont déjà pendantes devant la justice au Luxembourg et à Paris. Mais en s'attaquant de front au problème, Bruxelles veut sortir de la position défensive dans laquelle la presse – et en particulier le Financial Times – l'avait placé. En juin dernier, le quotidien britannique affirmait à la une que Romano Prodi, le président de la Commission, était «éclaboussé par le scandale du pillage à Eurostat». Ses services avaient immédiatement réagi, répétant que ni Pedro Solbes, commissaire en charge des Affaires financière et qui supervise Eurostat, ni Michaele Schreyer, en charge du Budget, ni le président de la Commission n'étaient au courant de l'ampleur du problème Eurostat.

Neil Kinnock, secondé par Pedro Solbes, a donc présenté hier les résultats intermédiaires d'une enquête lancée par la Commission. L'Office européen de lutte antifraude (OLAF), dont est responsable Michaele Schreyer, enquête de son côté et ses conclusions sont attendues pour l'automne prochain. Vivement attaquée par la presse, sommée de s'expliquer par le Parlement européen, la Commission a pris les devants en décapitant Eurostat. Son ancien directeur général, Yves Franchet, ainsi que deux de ses adjoints, sont sous le coup d'une procédure disciplinaire. Trois autres adjoints ont été provisoirement placés à des postes de conseillers. Par ailleurs, la Commission européenne s'est assurée, tant au Luxembourg qu'à Bruxelles, de placer en sécurité tous les documents utiles à l'enquête. Outre un nouveau directeur général pour l'organisme européen, l'exécutif bruxellois a mis en place une task force pour appuyer les travaux de l'OLAF.

Eurostat a eu l'habitude jusqu'en 1999 d'établir des «réserves irrégulières (connues comme «enveloppes financières»)», note la Commission, en gonflant artificiellement des contrats afin d'utiliser la plus-value versée aux sociétés contractantes pour financer d'autres activités. Certaines sociétés auraient aussi bénéficié d'un accès anormalement privilégié aux contrats Eurostat, relève la Commission, qui met en cause le groupe Planistat, basé à Paris, dont les 58 contrats avec l'exécutif européen ont été suspendus.

Au Parlement européen, où la Commission a détaillé les mesures prises, les députés promettent d'aller jusqu'au bout d'une affaire qu'ils prennent très au sérieux.