«Désormais le Vietnam pourra discuter avec ses partenaires économiques sur un pied d'égalité. Ses produits pourront accéder plus librement aux marchés internationaux tout comme il pourra importer des technologies et des connaissances pour son développement économique.» En faisant cette déclaration, Van Khai Nguyen, ingénieur et entrepreneur vietnamien établi à Genève, ne cache pas sa joie au moment où son pays devient, ce mardi, le 150e membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

«Avant la guerre du Vietnam, notre économie était plus prospère que celle de la Thaïlande, explique encore Van Khai Nguyen. Aujourd'hui, les Vietnamiens semblent être pressés de rattraper le temps perdu.» Le pays a quelques atouts: un marché intérieur de 83 millions de personnes (équivalent à l'Allemagne), une population jeune, lettrée et travailleuse ainsi que des ressources naturelles abondantes (agriculture et pêche), notamment dans la région du Mékong. Pour Van Khai Nguyen, l'adhésion à l'OMC est synonyme de plus d'investissements étrangers et plus d'emplois. Le Vietnam a l'ambition de devenir, d'ici 2010, un pays à revenu moyen. Le PIB par habitant est estimé à 646 dollars pour 2006.

Sortant de trente ans de guerre, d'une longue période d'embargo économique, le Vietnam réunifié a remis les pieds à l'étrier du développement en 1986. Grâce à la politique d'ouverture «Doi Moi», il connaît une forte croissance économique et fait partie des économies parmi les plus dynamiques d'Asie du Sud-Est. Il est aux premiers rangs des exportateurs mondiaux de café (robusta), riz, crevettes, thé, caoutchouc, poivre et noix de cajou. Le secteur industriel compte tout de même pour 40% du PIB, avec le textile, les chaussures et le pétrole comme principaux produits d'exportation. «La vitesse de transformation du Vietnam augmente au-delà de nos espérances les plus optimistes» écrivait récemment la banque Merill Lynch, citée par ATS.

Choyé par la Suisse

Le secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) n'est pas moins enthousiaste. Berne a accompagné le Vietnam dans sa longue période de candidature à l'OMC. Feu Arthur Dunkel, l'ancien directeur du GATT, a conseillé le gouvernement vietnamien de rendre les lois nationales conformes avec les règles de l'OMC. «Nous avons multiplié les missions économiques dans ce pays depuis 1993, explique Catherine Kellerer, cheffe suppléante du secteur Asie-Océanie au Seco. Nous pensons que le Vietnam marche sur les pas de la Chine. Même si le pays est encore pauvre, il y a des millions de consommateurs à satisfaire. Il a un grand besoin en équipements de base et d'infrastructures.» Enfin, l'adhésion du Vietnam à l'OMC ouvre aussi des belles perspectives dans le secteur des services (banque, assurance, tourisme) pour les investisseurs suisses.