Swiss entend réduire son capital-actions en diminuant la valeur nominale de ses titres. Elle passerait de 50 francs à 32 francs. Une telle mesure ne peut se prendre qu'avec les détenteurs de ces actions, c'est-à-dire qu'avec l'aval des actionnaires, lors de l'assemblée générale qui aura lieu le 6 mai. Mais que signifie-t-elle exactement? «Cette opération technique est plutôt un mauvais signe, estime un expert. C'est une mesure d'assainissement qui sert à combler les pertes de la compagnie. Il se posera un jour la question de savoir si les pouvoirs publics vont devoir remettre des fonds.»

Swiss anticipe, en effet, des contraintes légales qui selon l'article 725 du Code des obligations (CO) déterminent à quel niveau de fonds propres consommés (la moitié) la personne morale doit être mise sous surveillance, voire mourir lorsqu'il ne lui reste plus rien. C'est donc justement pour éviter de se retrouver en infraction avec la loi et éviter de convoquer une assemblée générale extraordinaire que Swiss prend cette mesure. Car son capital fond en effet comme neige au soleil. A sa naissance, Swiss possédait 2,7 milliards. Au 31 décembre, il ne lui reste plus que 1,709 milliard. En résumé, en une année, la compagnie a perdu un milliard, soit 2,7 millions de pertes par jour.

Dans le cas de Swiss, son action a en outre chuté drastiquement en Bourse, à environ 3,40 francs. Cette mesure diminuera ainsi aussi le fossé entre la valeur nominale de son action et celle dictée par la Bourse. Rappelons que presque tous les investisseurs privés ont vendu leurs titres et que seuls la Confédération et les investisseurs institutionnels sont encore détenteurs d'actions, et ce jusqu'en 2004, selon une clause signée avec la compagnie. Contrairement à la pratique usuelle, lors de réduction de la valeur nominale, les actionnaires de Swiss ne seront remboursés ni en titre ni en capital, car elle tombe sous le coup de l'article 735 du CO qui concerne une mesure d'assainissement du bilan. Dans l'immédiat, Swiss devrait économiser 4,3 millions de francs d'impôts cantonaux sur le capital.

Le pire des scénarios

Au vu des fonds propres qui restent dans les caisses de la compagnie nationale, et le peu de recettes qu'elle engendre, on peut estimer que si elle continue à perdre 2,7 millions quotidiennement, d'ici à la fin de l'année, il ne restera que des miettes, soit le pire des scénarios. Une seconde mort de la compagnie nationale provoquerait une onde de choc dans le public et dans le monde politique, surtout chez les radicaux, qui ont soutenu mordicus un modèle 26/26 disproportionné par rapport au contexte conjoncturel et à la taille de notre pays.

«Si Swiss adapte sa flotte de court- et moyen-courriers, elle devrait aussi rapidement s'attaquer à ses long-courriers, estiment de nombreux experts, qui soulignent que les banques, propriétaires des avions, préfèrent les voir voler contre vents et marées, plutôt que d'accepter de renégocier les contrats de leasing.» De ce point de vue, la compagnie nationale est coincée, car un avion cloué au sol coûte, selon le modèle, entre 100 000 et 130 000 francs par jour d'immobilisation. Autant dire que même si Swiss voulait restreindre temporairement ses vols, cela aurait un prix.