Swiss veut tenir son pari dans un environnement économique ô combien difficile: atteindre l'équilibre l'année prochaine. Pour tenter d'y parvenir, la nouvelle compagnie a annoncé un train de mesures visant à diminuer les charges et à accroître les revenus. Elles seront effectives dès l'horaire d'été 2003. Trois cents emplois sont sacrifiés, avant tout chez les anciens pilotes de Crossair, et huit avions sont supprimés.

Il faut avouer que Swiss a encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre ses objectifs. Sur les neuf premiers mois de l'année, la compagnie a enregistré une perte nette de 582 millions de francs pour un chiffre d'affaires de 3,134 milliards. Au cours du troisième trimestre, c'est un déficit de 135 millions de francs qui est encore à déplorer, les ventes s'élevant à 1,38 milliard. Cette perte comprend notamment 60 millions d'amortissement extraordinaire pour le parc aérien (la valeur des avions a été revue à la baisse) et 15 millions de dotation exceptionnelle pour la création de Swiss.

Certes, la situation s'améliore depuis le début de l'année. Cet été, le chiffre d'affaires a progressé de 8% et les pertes ont diminué. Mais il n'y a pas lieu de crier victoire trop vite. D'une part parce que juin-juillet-août sont traditionnellement des mois de forte activité; d'autre part en raison des incertitudes macro-économiques et politiques rappelées par le CEO André Dosé: menaces terroristes et irakienne, pressions des compagnies à bas prix, surcapacité du secteur, dépression économique… Si la direction pense réaliser une perte sur l'année moins élevée que les 1,1 milliard budgétés, elle se refuse à donner des indications plus précises. La seule chose que l'on sait déjà, c'est que le quatrième trimestre sera mauvais. Selon Patrick Schwendimann, analyste à la Banque Cantonale de Zurich, et Matthias Egger, de Pictet & Cie, la perte annuelle se situera entre 700 et 800 millions de francs.

C'est sur ces considérations que le conseil d'administration a décidé de prendre le taureau par les cornes, encore avant la fin de l'année. Quatre cents millions de francs doivent être dégagés grâce à des réductions de coûts – dont 50 millions sur les frais de personnel – et une amélioration de l'efficacité. Dans les premières mesures, alors que 200 nouvelles personnes vont être engagées dans les divisions techniques et technologies de l'information, ce sont 300 postes qui vont être supprimés: 140 pilotes, 100 personnes travaillant à bord des avions et 60 employés au sol. Pour les deux dernières catégories, les fluctuations naturelles de personnel pourraient suffire. Pour les pilotes en revanche, un plan social sera discuté. Le syndicat Swiss Pilots, qui regroupe les anciens de Crossair, a déjà annoncé qu'il se battrait en justice contre tous les licenciements qui sont considérés comme abusifs et contraires au principe de l'ancienneté. Selon Martin Gutknecht, porte-parole du syndicat, les pilotes de Swissair ayant été intégrés dans la structure Crossair, le licenciement d'anciens de Crossair est contraire au principe d'ancienneté. La discorde est d'ailleurs tellement vive que la nouvelle direction a purement et simplement renoncé à négocier un contrat de travail unique. Une décision contestée par Martin Gutknecht, qui veut un seul contrat, mais «équitable».

De fait, seuls vingt pilotes de l'ancienne Swissair sont concernés. Pour une raison simple, affirme Jean-Claude Donzel, porte-parole: c'est surtout la flotte Crossair qui est touchée, victime de la faible rentabilité des vols régionaux. Au total, sur les 133 appareils de la compagnie, huit avions seront vendus ou, s'ils étaient en location, rendus à leurs propriétaires. Il s'agit d'un long-courrier, d'un moyen-courrier, de trois charters et de trois avions régionaux de 50 places. La compagnie n'a pas voulu préciser quelles destinations seraient condamnées.

Craintes des syndicats

Du côté des recettes, Swiss entend améliorer avant tout le rendement des passagers qui a diminué au troisième trimestre à 15,4 centimes par siège-kilomètre, contre 15,7 au deuxième trimestre. Pour cela, elle abandonnera les offres promotionnelles, établira une meilleure distinction entre business class et classe économique sur les petits vols (finis le champagne et le chocolat sur les Jumbolino!) et rendra plus efficace la gestion des prix en fonction de la demande. Ces mesures suffiront-elles? Peu le croient. Tant les syndicats que les analystes – qui les jugent plutôt modestes – craignent de nouvelles restructurations, par exemple au moment de l'entrée dans l'alliance Oneworld, qui se fait attendre. Matthias Egger estime que pour atteindre l'équilibre, Swiss devrait augmenter ses tarifs de 10%, ce qui est difficile dans un environnement très concurrentiel. Chez Swiss, on se veut optimiste, en rappelant notamment que la charge de 240 millions de francs en 2002, liée au lancement de la compagnie, ne se répétera pas.