Avions cloués au sol depuis jeudi, prise en charge des passagers bloqués à l’étranger: les compagnies européennes commencent à appeler au secours. L’Union se prépare pour un nouveau plan d’aide, après avoir soutenu les banques et l’automobile. La compagnie belge Brussels Airlines est la première à donner de la voix et à solliciter l’aide du gouvernement. «Personne dans le secteur ne peut supporter cela», a affirmé samedi son porte-parole Geert Sciot. «C’est une situation exceptionnelle. On peut la comparer avec celle d’agriculteurs qui auraient eu à affronter d’importantes intempéries. Ils demanderaient aussi du soutien», a-t-il souligné.

Les autorités belges restent prudentes. Pas question d’agir en solitaire, surtout à quelques mois du début de leur semestre de présidence de l’Union européenne (UE). «L’Europe n’accepterait pas», a averti le secrétaire d’Etat à la Mobilité, Etienne Schouppe, en charge du secteur des Transports. «Les compagnies ont des obligations à l’égard de leur clientèle. Les charges sont le résultat d’une loi européenne. Je conçois qu’elles sont importantes, mais la solution doit être trouvée au niveau de l’Union européenne. Nous allons en discuter avec la Commission», a-t-il annoncé.

Partie pas aisée

«Après les banques, on s’attend à devoir aider les transporteurs aériens», a confié un responsable européen sous couvert de l’anonymat. Mais la partie ne sera pas aisée, a averti un autre responsable. Les finances sont exsangues, minées par les déficits excessifs et les dettes. «Je vois mal les gouvernements se précipiter», a-t-il estimé. «Tout va dépendre de la date de la reprise du trafic aérien», a-t-il dit. Les prévisions ne sont pas très bonnes. Le volcan islandais entré en éruption le 14 avril continue de vomir des cendres et l’Institut Royal de Belgique juge possible qu’un nouveau nuage touche le Royaume mardi.

Entretien coûteux des avions

Les appareils restent parqués sur les aéroports. Mais il faut les entretenir. «Chaque appareil doit recevoir un entretien toutes les 24 heures. Pour certains appareils qui restent à l’étranger, nous devons envoyer des techniciens vers les différentes destinations», a expliqué le patron de Brussels Airlines. «Nous devons en outre faire en sorte que nos passagers soient accueillis dans un hôtel, que ce soit en Belgique ou à l’étranger», a-t-il ajouté. «Ensuite, un certain nombre de passagers qui auraient dû prendre leur avion seront transférés gratuitement vers un autre vol, ce qui signifie que les places qu’ils vont prendre dans ces autres vols ne seront plus disponibles pour les autres passagers qui eux, ont payé», a-t-il ajouté. Cette situation est «sans précédent» pour l’Europe, soulignent les responsables de l’Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne (Eurocontrol). À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, rétorquent les dirigeants de Brussels Airlines.

Le précédent de 2001

L’Europe a déjà agi par le passé face à une situation exceptionnelle, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats- Unis. Les Etats membres avaient adopté une aide pour le secteur (une enveloppe globale) et la Commission l’avait approuvée. «Ils l’avaient fait pour le secteur, pas pour les compagnies», a toutefois rappelé un responsable européen. Les attentats avaient eu des répercussions importantes, avec une chute durable du trafic. «À l’époque, les gens avaient peur de prendre l’avion», a-t-il souligné.