C'est un signe: cinq hommes ont commencé leur formation de steward chez Crosscat, le nouveau centre de formation pour les compagnies aériennes régionales, à deux pas de l'aéroport de Bâle-Mulhouse. Cinq hommes qui se sentiront bientôt moins seuls: chez Crossair, le recrutement du personnel de cabine n'est plus réservé aux femmes. Une mesure qui répond aux besoins croissants en collaborateurs et tente de pallier la pénurie ambiante. Les compagnies aériennes peinent en effet à recruter pilotes, personnel navigant et mécaniciens dont elles ont cruellement besoin.

Pour les pilotes, «la pénurie frappe partout en Europe, depuis deux ans surtout», lance Nicholas Chambers, chef instructeur chez Crosscat. En Suisse même, Crossair n'est pas la seule à recruter. Cette année, Swissair prévoit d'engager 80 personnes. Des besoins accrus dus à la multiplication des vols. Ainsi, alors qu'au début des années 90, Swissair engageait 50 à 60 pilotes par an, les prévisions pour les années à venir continuent de tabler sur 80 nouveaux engagements annuels.

Chez Crossair, Nicholas Chambers estime que la difficulté à trouver des candidats réside essentiellement dans le coût de la formation, lequel avoisine les 100 000 francs. Il y a quelques années encore, les futurs pilotes pouvaient se former en partie aux Etats-Unis ou au Canada où les prix sont moins prohibitifs. Mais depuis 1999, au sein des pays européens, de nouvelles directives liées aux critères de formation rendent cette pratique extrêmement difficile. A cela s'ajoute qu'en Europe, il existe peu d'aides financières à la formation et que trop peu de compagnies aériennes offrent des facilités de financement.

Appel aux compagnies

«Il faut absolument que les compagnies fassent davantage d'efforts pour aider les jeunes, en subventionnant une partie de la formation ou en offrant des possibilités de crédit», lance Nicholas Chambers. Crossair d'ailleurs mijote un tel projet, dont on ne connaît pas encore précisément les contours. Swissair, de son côté, propose un prêt à ses futurs pilotes. Celui-ci est remboursable dans les dix ans qui suivent l'engagement du pilote dans la compagnie.

Mais chez Crossair, le prix de la formation à lui seul n'explique pas tout. Pour Nicholas Chambers, si la carrière de pilote envoûte moins les jeunes, c'est aussi parce que «l'écart se creuse entre ce coût – en augmentation – et les salaires qui ont tendance à diminuer en raison de la chute du prix des billets». Du coup, certains critères d'engagement pour les pilotes ont été assouplis. Crossair par exemple est plus coulante sur l'âge des intéressés. Et le marché suisse n'offrant tout simplement plus assez de candidats, le champ de recrutement de la compagnie installée à Bâle s'est étendu à d'autres pays, comme le Canada, l'Australie ou l'Afrique du Sud.

Hôtesse, un métier éphémère

Les compagnies connaissent les mêmes difficultés de recrutement, mais pour d'autres raisons, avec le personnel de cabine. Le métier d'hôtesse de l'air ou de steward fait encore fantasmer, mais le rêve dure peu. Conditions de travail stressantes, horaires irréguliers, difficultés – parfois – avec des passagers agressifs, une certaine monotonie du travail: ces quelques raisons suffisent à décourager, après quelque temps passé en cabine, une bonne partie des «flight attendants». C'est un grand classique de la profession, confirme Nicholas Chambers: «Il est de plus en plus rare que quelqu'un envisage de faire une longue carrière comme hôtesse. Les jeunes femmes voient davantage ce métier comme un premier emploi, où elles peuvent développer leur sens du contact humain, des relations publiques, pratiquer des langues étrangères.» Ensuite, elles s'envolent vers d'autres cieux, professionnels ou familiaux.

La situation est absolument identique chez Swissair, où le taux élevé de rotation est l'un des éléments qui expliquent la forte demande en personnel volant. «Pour cette année, nous cherchons 1000 «flight attendants», annonce Jean-Claude Donzel, le porte-parole de SAirGroup. «En moyenne, une hôtesse ou un steward reste chez nous 5 à 7 ans. Cela explique pourquoi nous recrutons perpétuellement», ajoute Eric Bösiger, qui s'occupe de l'information professionnelle du personnel de cabine chez Swissair. Le profil des candidats: «Ces dernières années, beaucoup de jeunes gens porteurs d'une maturité ou d'un autre diplôme viennent travailler chez nous un moment avant de poursuivre leurs études.»

Sachant que ce métier est éphémère, les responsables de la formation au sein de SAirGroup exigent d'ailleurs des candidats qu'ils possèdent un diplôme ou une formation préalable «afin qu'ils puissent retomber sur leurs pieds le jour où ils voudront une vie plus stable», explique Eric Bösiger. Mais tous ne coupent pas les ponts. SAirGroup est une société suffisamment importante pour pouvoir offrir des postes très divers à l'interne aux collaborateurs qui veulent se reconvertir.

D'autres facteurs encore expliquent la forte demande en personnel de cabine: les avions sont de plus en plus «gourmands» en personnel. «Dans certains types d'avions, comme les Airbus, il faut davantage de «flight attendants» que dans les DC-9, par exemple», souligne Eric Bösiger. L'arrivée prochaine des Airbus A 340, qui remplaceront les MD-11 et accueilleront davantage de passagers, nécessitera également plus de personnel à bord. Et, pour la compagnie aérienne, l'ouverture d'une seule nouvelle destination, comme ce fut le cas pour le vol vers Miami, quatre fois par semaine, nécessite l'engagement de 70 à 100 hôtesses et stewards de plus.

Pour parvenir à recruter suffisamment de collaborateurs, les responsables de la formation ont accru leur présence dans les écoles ou les salons de la formation. Et une nouvelle catégorie de «flight attendants» a vu le jour: les temporaires. Soit des jeunes qui, après leur maturité ou l'université, peuvent travailler pendant 6 à 24 mois au sein de la compagnie pour autant qu'ils parlent deux langues (l'anglais et une langue nationale).

Mécaniciens recherchés

Moins célèbre enfin, un autre métier est également frappé par la pénurie de main-d'œuvre, celui de mécanicien sur avion. Il est «très difficile de recruter», explique Nicholas Chambers.

A son avis, essentiellement pour une raison: «Parce que les jeunes ne pensent tout simplement pas à se lancer dans ce métier. Lorsque l'on parle de mécaniciens, on songe immédiatement aux voitures, voire aux trains, mais beaucoup moins aux avions.» Avis aux amateurs.