Le ciel européen pourrait bientôt être vide. La compagnie à bas coûts EasyJet a indiqué lundi matin qu’elle envisageait d’immobiliser l’ensemble de sa flotte, soit plus de 330 appareils. Sa concurrente directe Ryanair lui a emboîté le pas. Elle envisage des mesures similaires avec une immobilisation de la majorité de ses avions pour les sept à dix prochains jours. Dans son communiqué, EasyJet signale qu’elle assurera tout de même des vols de rapatriement durant de courtes périodes.

Ces dernières semaines, les compagnies européennes ont progressivement réduit leur activité. Après l’Italie, EasyJet a décidé ce dimanche de suspendre tous ses vols en direction de l’Espagne. «Il n’est pas étonnant que les low cost soient les premières à s’arrêter, affirme Xavier Tytelman spécialiste aéronautique chez CGI Consulting. Un avion rempli au quart chez EasyJet ne couvre même pas le prix du carburant.»

Pour les compagnies à bas coûts, l’immobilisation totale de la flotte représente désormais une solution plus économique que de maintenir des avions sous-remplis en vol. «Quand Air France fait voler un avion avec un remplissage équivalent à celui d’EasyJet, elle réalise plus de bénéfices», ajoute-t-il. Les deux transporteurs effectuent aussi l’essentiel de leurs liaisons en Europe, là où d’autres compagnies proposent des vols de long-courriers.

Aucune compagnie épargnée

Pour autant, les restrictions de trafic concernent aussi bien les vols intra-européens que les vols internationaux. Devenue le principal foyer de l’épidémie liée au coronavirus, l’Europe est peu à peu isolée du reste du monde.

Si aucune n’a annoncé pour l’heure un arrêt complet de ses activités, les autres grandes compagnies aériennes réduisaient également drastiquement leurs activités lundi. Le groupe IAG (British Airways, Iberia…) envisage une réduction de son activité d’au moins 75% pour les deux prochains mois. Une réduction de 90% de son activité long-courriers a été annoncée lundi après-midi par sa concurrente allemande Lufthansa, société mère de Swiss. Quant à Air France-KLM, l’alliance prévoit de réduire ses capacités de vol de 70 à 90% pour les deux mois à venir au moins.

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«Les trois majors réduisent leur trafic de 80 à 90% là ou certains low cost envisagent 100%, ce n’est pas une différence majeure en soi», souligne Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners. Cette réduction des capacités de vols doit s’accompagner chez Air France de la mise en place d’un chômage partiel à partir du 23 mars. Selon l’AFP, cette mesure concernera l’ensemble des salariés pour une période de six mois. British Airways a par ailleurs annoncé vendredi dernier que la compagnie devrait procéder à des suppressions d’emplois.

Une reprise difficile

Dans son communiqué, EasyJet s’inquiète aussi pour l’avenir de ces compagnies européennes par la voix de son directeur général, Johan Lundgren. «L’aviation européenne est confrontée à un avenir précaire et il est clair qu’un soutien gouvernemental coordonné sera nécessaire pour assurer la survie de l’industrie», écrit-il. Selon une étude de la banque Morgan Stanley, les revenus de l’aviation pourraient chuter de 50% par rapport à l’année dernière. Lundi après-midi, le cours en bourse d’EasyJet chutait de 19,9%, celui d’Air France de 10%, quant au titre de IAG, il baissait de 27%.

Malgré l’immobilisation de leurs flottes, les compagnies continuent à faire face à des coûts fixes. Leur survie dépendra donc de la durée de la crise. «Ce que l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010 nous a appris, c’est qu’il faudra aussi piocher dans les réserves pour faire revenir les voyageurs à l’issue de la crise, en pratiquant une offre de petits prix», souligne Arnaud Aymé.

EasyJet particulièrement présente en Suisse

Certains pays devraient épauler leurs fleurons nationaux. «Pour EasyJet, la situation est plus compliquée. La Grande-Bretagne ne va pas forcément soutenir une compagnie qui n’assure pas principalement des vols nationaux», estime Xavier Tytelman. La compagnie orange a par ailleurs tenu à rassurer sur sa santé économique en indiquant avoir une trésorerie de 1,6 milliard de livres sterling (1,8 milliard de francs) et ne devoir faire face à aucun refinancement de sa dette jusqu’en 2022.

«Il faut aussi rappeler que 20% des passagers d’EasyJet sont des voyageurs d’affaires», souligne Arnaud Aymé. Ce qui n’est pas le cas de sa concurrente Ryanair dont l’essentiel de l’activité repose sur le tourisme. A l’issue de la crise, les vols liés à l’économie devraient reprendre plus rapidement que les vols touristiques.

L’immobilisation totale de la flotte d’EasyJet pourrait se ressentir particulièrement en Suisse. EasyJet représente 60% des parts de marché à l’aéroport de Bâle et 45% à Genève. Selon les chiffres communiqués par Genève Aéroport, ce dernier a connu une hausse de fréquentation de 4,7% par rapport à l’année dernière en janvier et février. Mais le nombre de passagers était en baisse de 18% pour la première semaine de mars et de 40% entre le 9 et le 15 mars. Pour les compagnies européennes, la survie dépendra donc de la durée de l’épidémie.