«Si SAirGroup nous lâche, nous irons jusqu'à Zurich pour nous faire entendre», déclare au bord de l'extinction de voix, Gilles Nicoli, secrétaire syndical CFDT pour AOM, Air Littoral et Air Liberté. Le syndicaliste est inquiet. Il a pris son téléphone, samedi, pour se voir confirmer la démission de son patron. Aujourd'hui, la réunion prévue est maintenue (lire Le Temps du 3-4 février). Mais, au lieu de poursuivre les discussions, Paul Reutlinger devrait en profiter pour expliquer son départ aux employés. «Nous devons désormais savoir quelle orientation sera prise par SAiGroup et quel nouveau président nous aurons», souligne Gilles Nicoli. Ce qui chagrine notamment le syndicaliste, c'est que ce nouveau chambardement va retarder la mise en vente des produits par les trois compagnies françaises pour les destinations des grandes vacances d'été. C'est en effet fin mars que les compagnies aériennes dévoilent leurs offres.

En ce qui concerne la succession de Paul Reutlinger, trois noms circulent déjà dans les couloirs: celui de Marc Dufour et de Marc Rochet, respectivement anciens présidents d'Air Littoral et d'Air Liberté. Autre prétendant évoqué, le président du conseil de surveillance d'AOM/Air Liberté, Alexandre Couvelaire. «Pour nous, ils sont inacceptables. Ils sont trop impliqués dans la débâcle des trois compagnies», assure le syndicaliste. Le souhait des 6000 employés serait de trouver quelqu'un de neuf, qui comprenne les soucis des compagnies aériennes. «Nous avions mis au point un bon projet avec Paul Reutlinger, estime Gilles Nicoli, même si cela n'a pas été facile.» En substance, il comprenait le retour des filiales commerciales au sein de chaque compagnie, un projet social pour les 300 à 400 départs programmés, un changement de la flotte et la fusion annoncée des trois compagnies pour la fin de l'année.

A souligner qu'aucun nom de marque n'a encore été officiellement avancé pour la nouvelle compagnie issue normalement de la fusion d'AOM, Air Liberté et Air Littoral. «Il devrait nous être présenté fin février», précise Gilles Nicoli. Tout le travail mis en place depuis août avec Paul Reutlinger pourrait donc être remis en question avec son départ. «Nous étions aussi en train de plancher sur des propositions de vol depuis Orly avec American Airlines», ajoute-t-il.

Plan de sauvetage

Le syndicaliste voit désormais trois priorités pour l'avenir du pôle français. Inviter à Paris Eric Honegger, président directeur général ad interim et président du conseil d'administration de SAirGroup, ainsi que Moritz Suter, nouveau directeur de l'ensemble des activités aériennes de SAirGroup, pour qu'ils viennent expliquer ce qu'ils entendent faire de l'entité française. Ensuite, trouver un successeur à Paul Reutlinger et très vite affiner la politique helvétique, sinon le programme d'été des trois compagnies risque d'être compromis.

Du côté belge, les syndicats sont aussi dans une phase délicate des négociations. Une assemblée générale extraordinaire des actionnaires de Sabena est convoquée pour le 8 février afin de discuter du plan de sauvetage de la compagnie. D'ici là, la direction espère obtenir le soutien du personnel.