Chacun connaît la théorie classique des avantages comparatifs. Celle-ci stipule que les pays ont intérêt à se spécialiser dans le secteur de production pour lequel il dispose de la productivité la plus forte ou la moins faible, comparativement à ses partenaires. Mais les théoriciens du commerce international se limitent beaucoup trop au court terme. Ils en perdent l’image d’ensemble. «They miss the big picture», disent les Anglo-Saxons. Landis (1998) avait justement lié les concepts de spécialisation et d’étapes de la croissance. Les pays leaders dominent également la structure du commerce international, mais avec le temps le nom du leader change.

En l’an I de notre ère, Rome occupait cette fonction de leader, avec un niveau de revenu 73% supérieur à la moyenne mondiale. Puis vers l’an 1000 vinrent l’Iran et l’Irak (44% au-dessus de la moyenne), l’Italie en 1500 (94% au-dessus), les Pays-Bas de 1600 à 1820 (246% au-dessus). Plus récemment les changements ont été encore plus fréquents, à commencer par le Royaume Uni, puis l’Austrralie, les Etats-Unis, la Suisse et de nouveau les Etats-Unis. En 1999, le revenu américain était 374% au-dessus de la moyenne mondiale.

Trois économistes hollandais se lancent sur ce thème et présentent (1) une analyse intéressante des changements structurels dans le commerce international. A cette fin, ils emploient une nouvelle méthode appelée «Harmonic Mass Index» (HMI). Cet outil signale, pour 21 pays étudiés, un changement structurel des avantages comparatifs dans les années 1980.

17 des 21 pays l’ont connu à ce moment précis. En Nouvelle-Zélande et en Finlande, ce fut en 1969, puis en Espagne. En Suisse, Autriche, Belgique, Danemark, Grèce, Portugal ce fut la même année en 1985, peu avant l’Australie, les Pays-Bas, l’Allemagne et en 1989 la France, les Etats-Unis et le Japon. Le modèle commercial de la fin des années 1980 diffère grandement de celui du début de cette décennie, observent-ils.

Ensuite, ils partent à la recherche des causes de cette modification structurelle. Leur conclusion s’éloigne des explications habituelles. Ils montrent en effet que ce n’est pas l’ascension de la Chine et de l’Inde, ni la phase de déréglementation mondiale qui est l’événement explicatif, mais le taux de change réel effectif du dollar. Le taux de change réel est la différence entre le taux de change entre deux pays et l’indice des prix. C’est de facto une mesure de l’écart de compétitivité. On se rappelle la forte hausse du dollar avec l’arrivée de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis: une hausse de 46% entre juin 1980 et février 1985. Il fallut attendre l’accord du Plaza en septembre 1985 pour que la menace d’intervention produise ses effets.

Comme les taux de change viennent de traverser de fortes turbulences, les auteurs sont d’avis que l’économie s’apprête à nouveau à vivre un changement structurel majeur.

(1) Structural Change in OECD Comparative Advantage, Steven Brakman, Robert Inklaar, Charles van Marrewijk, CESifo Working Paper 3033.