Entre-Temps…

Compétitivité: trente ans après…

Il n’y a pas de chemin tracé en matière de compétitivité, mais des expériences diverses dont chaque pays peut s’inspirer

«Cher collègue, les pays ne sont pas en concurrence les uns avec les autres, seules les entreprises le sont: oubliez le concept de compétitivité des nations!» Ce conseil que me donna un illustre professeur il y a un peu plus de trente ans ne m’a pas rassuré. Même opinion de Paul Krugman, le futur Prix Nobel d’économie, qui écrivait dans un article de Foreign Affairs: «Ce n’est qu’un autre nom pour la productivité.» Incontestablement mes travaux sur la compétitivité des nations étaient mal partis.

Pourtant, aujourd’hui, une recherche en anglais sur Google donne plus de 35 millions de résultats sur les termes de compétitivité mondiale ou de compétitivité des nations. L’IMD vient de publier avec succès son 30e rapport sur la compétitivité. Chaque pays se targue d’avoir une stratégie de compétitivité, un conseil de compétitivité et même pour certains un ministre de la Compétitivité. Il y a peu de concepts qui ont eu autant de succès ces dernières années. Pourquoi?

Nombreux critères

Il est devenu rapidement évident que les pays étaient bien en concurrence non seulement avec leurs entreprises mais également avec leurs infrastructures ou la qualité de leurs administrations. Quant à la productivité, c’est un terme relativement imprécis qui combine des statistiques pas toujours fiables: le PIB et le nombre d’heures travaillées par employé. Et la productivité peut-elle expliquer à elle seule comment les pays gèrent le développement durable ou la stabilité sociale?

L’économie ne peut pas se réduire à quelques décisions sur les taux d’intérêt, la fiscalité, les budgets ou la dette. Plus personne ne conteste aujourd’hui que la prospérité à long terme d’une nation et de sa population se fonde sur des politiques économiques mais aussi sociales comme la gestion de l’éducation ou du consensus. Précisément, les études de compétitivité permettent d’analyser, d’intégrer et d’évaluer la totalité de la performance d’une nation dans un environnement global.

Il en résulte qu’un ou deux critères ne suffisent pas à expliquer le succès d’un pays. Baisser la fiscalité ne sert à rien si les infrastructures s’effondrent ou si la population fait la révolution. De la même manière qu’un grand nombre de pixels augmente la qualité d’une photo, un grand nombre de critères permet de mieux saisir la réussite d’un Etat. De ce fait, les classements de compétitivité sont souvent perçus comme un jugement sur l’efficacité des gouvernements.

Pas de formule magique

Pourtant il n’existe pas de formule magique en matière de compétitivité. Chaque pays est effectivement en concurrence avec ses politiques d’infrastructures économiques et sociales ou pour son attractivité. Cependant, il reste unique et maître de son destin pour gérer l’interaction de ses ressources et de ses compétences en lien avec son histoire, sa culture ou son système de valeurs. Il n’y a donc pas de recette de cuisine en matière de compétitivité, mais des expériences diverses dont chaque pays peut s’inspirer.

L’autre atout de la compétitivité est de forcer les Etats à penser sur le long terme, au-delà des fluctuations trimestrielles du PIB ou des prochaines élections. La compétitivité de la Suisse se base sur la diversité de son économie, l’apprentissage, la qualité de ses PME, sa technologie ou sa stabilité sociale. Ce sont autant d’avantages compétitifs à long terme qui ne peuvent pas être copiés du jour au lendemain. C’est d’ailleurs cette longue durée qui explique la résilience de l’économie suisse face aux crises économiques ou monétaires.

La compétitivité n’est donc pas une fin en soi, mais un instrument extrêmement efficace pour atteindre un but plus élevé: la prospérité d’une nation. Ce concept qui caractérise le succès collectif d’un pays doit, en revanche, conduire à un objectif plus personnel et qui touche plus directement la vie des gens au quotidien: le bien-être économique et social, voire même le bonheur.

Tout cela a été fort bien résumé un jour par Wen Jiabao, l’ancien premier ministre chinois: «L’objectif est de permettre à chacun de poursuivre une vie heureuse et digne, de se sentir en sécurité et d’avoir confiance dans l’avenir tout en vivant dans une société d’égalité et de justice.» Reste à le faire…


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