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Le complexe romand du petit frère

Les cadres en ligne de mire

La Suisse romande souffre d'une «tendance au masochisme, à l'automutilation et au sabotage». C'est un chasseur de têtes qui l'a dit. Mardi dernier à Zurich, à l'occasion d'une conférence que le consultant Spencer Stuart, spécialiste du recrutement des cadres, organise tous les 18 mois, Pierre-François Dysli, Senior manager, restituait, explique-t-il, «ce que pensent tout bas la plupart des chefs d'entreprise et cadres romands». Ces derniers influencent peu le cours de l'économie suisse, estime-t-on chez Spencer Stuart, sur la base de données glanées quotidiennement par les consultants auprès de leur clientèle. En outre, ils sont très peu différents de leurs homologues alémaniques si ce n'est qu'ils évoluent dans une région «souffrant d'une fragmentation cantonale qui affaiblit sa force». «L'isolationnisme», «l'esprit de clocher», «la souveraineté exacerbée des cantons», s'ajoutent à un autre handicap: la petite taille de la région, commente Pierre-François Dysli.

Dossier chaud

Car la Suisse romande «est une naine parmi les nains, une minuscule entité au sein d'un très petit pays», assène encore le consultant genevois, s'adressant à son auditoire zurichois. Lequel déplore les régimes fiscaux discordants ou la disparité du système scolaire. La promotion économique devrait aussi se coordonner, ajoute-t-il, appelant peut-être – à un moment opportun – les autorités à accélérer le processus de régionalisation des dossiers hospitaliers et universitaires. Les cadres romands préfèrent travailler à l'étranger plutôt qu'en Suisse alémanique. Ils éprouveraient des difficultés à apprendre le suisse-allemand: «Il existe un frein à l'expression lié au complexe du petit frère qui a peur de déchoir en faisant des fautes ou en comprenant mal un énoncé fait en suisse-allemand», lance Pierre-François Dysli. Cette retenue ne serait d'ailleurs pas une seule caractéristique romande. De manière générale, les cadres suisses ont vécu, durant les bonnes années de l'économie helvétique, des temps moins durs que leurs collègues étrangers, a estimé pour sa part Roger Rytz, autre chasseur de têtes chez Spencer Stuart. Selon ce dernier, il en résulte «une certaine peur et une incapacité à reconnaître ses fautes et à agir à temps pour les corriger». Cette situation expliquerait pourquoi les sociétés suisses font de plus en plus appel à des responsables étrangers, estime Roger Rytz. De manière générale, la Suisse ne dispose pas de suffisamment de cadres qualifiés et les jeunes talents n'y sont pas encouragés, rappelle-t-il.

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