La crise financière a mis en valeur le modèle d’affaire des banques privées par rapport aux instituts disposant d’un capital réparti entre des milliers de petits actionnaires. Mais la littérature économique peine à se mettre d’accord sur l’effet de la concentration de l’actionnariat sur la performance de l’entreprise.

Le sujet passionne les économistes depuis fort longtemps. En 1932 Berle et Means avaient suggéré une relation positive entre ces deux variables. Selon eux, plus un actionnaire dispose de pouvoir de contrôle et plus il est incité à s’engager dans la société pour maximiser sa valeur.

Il a fallu ensuite attendre 1985 pour que Demsetz et Lehn remettent en cause cette conclusion. Eux n’observaient aucun effet systématique.

Trois ans plus tard, Morck, Shleifer et Vishny ont présenté des travaux indiquant que l’effet suivait l’image d’une courbe en forme de cloche (relation curvilinéaire): Plus la concentration augmente et plus la performance s’améliore. Arrive ensuite un point maximum sur la courbe. Puis une pente négative et donc un effet négatif du degré de concentration. Lorsqu’un actionnaire dispose d’un contrôle trop important, il risque d’en tirer une partie des bénéfices pour lui-même plutôt que pour la société.

Récemment, en 2006, Thomsen a observé pour sa part que la concentration de l’actionnariat était sans impact sur la performance dans les pays ayant traditionnellement un faible degré de concentration de l’actionnariat. Par contre, dans les pays à plus forte concentration de l’actionnariat, il observait des conflits d’intérêts entre actionnaire majoritaire et petits actionnaires, ce qui influencerait négativement la relation entre concentration et rendement.

L’étude de Weiss et Hilger (1) va plus loin dans le sens où il s’agit de la première analyse tenant compte des différences entre pays, entre systèmes de gouvernance, entre différentes mesures de performance des entreprises et intégrant les effets endogènes et curvilinéaires.

En s’appuyant sur huit pays et 1079 entreprises, l’étude n’observe pas de lien entre concentration de l’actionnariat et performance. Elle n’observe ni une relation linéaire, ni en forme de cloche entre ceux deux facteurs. Pour Weiss et Hilger, cette conclusion peut naturellement être le fruit de la méthode employée. Toutefois, même pour les entreprises de pays à forte concentration actionnariale, il n’y a pas d’effet durable sur la performance.

(1) Ownership concentration beyond good and evil: Is there an effect on corporate performance? Christian Weiss, Stefan Hilger, European Business School, Research Paper Series 10-01.