Exceptionnelles, mais pas suffisantes. Du moins pas pour enrayer le plongeon des marchés, qui s’est accentué après les annonces de la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière a dévoilé jeudi à Francfort un paquet de mesures pour soutenir l’économie, qui risque d’être ravagée par le coronavirus. Pas de baisse des taux d’intérêt – ils sont déjà au plancher, voire négatifs –, mais plusieurs mesures non conventionnelles, toutes prises à l’unanimité.

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Pour la première fois, la BCE mettra à disposition un programme de prêts ciblés sur les PME, via son programme TLTRO III, dont elle a assoupli les conditions: les taux seront de -0,75% jusqu’en juin 2021. Les banques pourront ainsi aider les entreprises les plus touchées par les effets de la propagation du virus pour éviter des faillites. L’institution permettra aussi aux banques de se refinancer à long terme à des taux plus favorables (-0,5%). Enfin, elle va rallonger de 120 milliards d’euros son programme de rachat d’actifs. Les achats se concentreront sur la dette du secteur privé le plus touché par la crise. Cette enveloppe s’ajoute au programme déjà en cours, lancé en novembre, qui s’élève à 20 milliards d’euros par mois.

Appel aux gouvernements

Pour l’instant, la BCE ne «constate pas de signes matériels de pression sur les marchés» ou de «manques de liquidités dans le système bancaire». Mais le choc actuel est «sévère», a prévenu Christine Lagarde, la présidente de la BCE, lors d’une conférence de presse. Il sera «temporaire si les mesures adéquates sont prises par tous les acteurs», a-t-elle ajouté. A plusieurs reprises, l’ex-présidente du FMI a pointé les autorités budgétaires, qu’elle a appelées à jouer leur rôle et ce, de façon coordonnée. Ce sont elles qui sont «en première ligne» pour répondre aux défis actuels et c’est le risque de «complaisance des autorités budgétaires et de processus au ralenti» qui inquiète avant tout la Française.

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Interrogée à plusieurs reprises sur la décision de ne pas toucher aux taux d’intérêt, Christine Lagarde a souligné que la BCE «a pris les mesures les plus efficaces, les plus ciblées pour les risques auxquels nous faisons face». Les marchés s’attendaient à une baisse, même minime, de 10 points de base à -0,6%. Une décision qui aurait eu un effet plus psychologique que réel, puisque les baisses de taux prennent plusieurs mois pour se transmettre à l’économie et qu’elles ont peu d’effet dans un choc de l’offre.

Baisser les taux? Aucun sens

Déjà échaudés par la volonté de Donald Trump de bloquer les entrées des Européens sur le territoire américain, déçus du manque de détail sur les mesures de relance de Washington, les marchés se sont effondrés jeudi après-midi, perdant jusqu’à 10% pour le SMI et le DAX. «L’absence de baisse de taux a certainement déplu aux investisseurs, mais les décisions prises aujourd’hui sont probablement ce qu’il y avait de mieux à faire pour l’économie réelle», estime Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud Asset Management. Pour lui, «une baisse des taux n’avait pas de sens dans l’environnement actuel et aurait pu peser sur les revenus et la rentabilité du secteur bancaire».

Dans une communication séparée, la BCE a autorisé les banques sous sa supervision à s’affranchir temporairement des exigences de fonds propres et de liquidité en vigueur, de façon à pouvoir «continuer à jouer leur rôle dans le financement de l’économie réelle à mesure que les effets économiques du coronavirus deviendront apparents».