Voilà plus d’un demi-siècle, le cocktail champagne-kérosène donnait naissance à l’expression «jet-set». Depuis 2013, les Etats-Unis voient l’émergence d’une nouvelle catégorie d’amateurs de vols privés: les «propeller-set» (littéralement, la société des gens qui se déplacent en avions à hélice), une communauté moins fortunée, mais tout aussi boulimique de trajets aériens haut de gamme. A l’origine de cette nouvelle vague de passagers, se trouve la start-up californienne Surf Air, qui lorgne aujourd’hui le marché européen.

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Il y a trois ans, cette dernière disposait d’un Pilatus – huit sièges maximum – reliant Los Angeles à la Silicon Valley. La compagnie en démarrage, qui s’attend à dégager les premiers bénéfices de son histoire le prochain trimestre de cette année, gère à présent une flotte de 12 avions et effectue quelque 90 liaisons par jour dans plus d’une dizaine de villes américaines. Elle a passé commande en 2014 de 65 appareils à l’avionneur nidwaldien Pilatus. Soit l’achat de 15 PC-12 NG, pour 283 millions de francs, ainsi qu’une option pour 50 autres modèles, le tout étant livrable jusqu’en 2019.

Succès attendu du «club» suisse

Surf Air a ouvert en janvier dernier un bureau à Londres. Selon le Financial Times, la société californienne est en train de recruter du personnel. Objectif, dès octobre prochain: lancer son offre de «vols à gogo», à raison de plusieurs fréquences par jour, entre Londres, Zürich, Genève et Cannes. Paris, Dublin, Berlin, Amsterdam et Barcelone devraient suivre en 2017. Pourraient être ensuite intégrés au réseau, Stockholm, Edimbourg, Francfort et Milan.

«Nous pensons que notre concept sera encore plus efficace sur le Vieux Continent, en raison d’un nombre élevé de villes géographiquement proches et d’un plus grand degré de frustration liée à la logistique aéroportuaire», relève dans les colonnes du quotidien anglo-saxon Simon Talling-Smith, directeur général de Surf Air Europe. Et cet ex-dirigeant de British Airways durant 22 ans de préciser à nos confrères de Travel Inside: «Pour la Suisse, je m’attends à plusieurs centaines de membres d’ici un an. Et pour l’Europe, certainement plus de 1000 au total.»

«All you can fly»

Le modèle d’affaires de la start-up californienne: au lieu de billets, les passagers paient un forfait mensuel (moins de 2000 francs), ce qui les autorise à voler autant de fois qu’ils le souhaitent. Un concept qualifié de révolutionnaire, par la presse spécialisée. Et plutôt que d’utiliser des terminaux bondés, Surf Air préfère desservir des tarmacs secondaires, évitant ainsi les problèmes de parking pour les voitures et autres files d’attente pour les usagers. Les membres du «club» – ils sont pour l’heure 3000 outre-Atlantique, en croissance de plus de 300% par an – subissent par ailleurs un «dépistage de sûreté» en amont, ce qui fluidifie leur accès aux portiques de contrôle et leur permet de se présenter 15 minutes à peine avant leur décollage.

«Si vous souhaitez voler avec nous 20 fois par mois, c’est possible, résume Peter Evans, responsable opérationnel pour Surf Air Europe. L’un de nos clients réguliers en Californie a déjà emprunté nos services 26 fois en 30 jours.» D’autres acteurs de l’aéronautique privée ont depuis emboîté le pas à Surf Air. C’est le cas notamment de Fly Club Air en Grande-Bretagne, d’Airly en Australie, de Beacon depuis New York et de Take Air entre Anvers et Zürich. Les deux premières sont sur le point de lancer leurs opérations. Les deux autres ont déjà fait faillite, après moins d’une année d’activité.