«Ce doit être cette année, et pas après.» Vendredi soir, pesant ses mots, le premier ministre britannique a fixé une date butoir pour conclure le Cycle de Doha. Ces négociations menées à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont débuté il y a dix ans, sans succès, malgré des promesses réitérées presque tous les ans.

L’engagement se veut public et solennel, car il est lancé avec la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président indonésien Yudhoyono. Tous trois étaient appuyés par Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, et les auteurs d’un rapport commandé au G20 de Séoul en novembre dernier, intitulé Fixer une date limite. Leurs auteurs sont connus: Peter Sutherland, ancien directeur de l’OMC, et Jagdish Bhagwati, économiste indien spécialiste du commerce.

«Pour conclure le Cycle de l’Uruguay (ndlr: qui a précédé celui de Doha), arrêter une date avait joué un rôle important», s’est souvenu Peter Sutherland. Une telle contrainte «peut fonctionner», a ajouté Angela Merkel.

Générateur de croissance

Pourquoi conclure Doha? Parce que c’est un coup de pouce à la croissance sans dépenser un centime d’argent public, estime David Cameron. Parce que cela va créer pour au moins 360 à 500 milliards de dollars d’activité économique chaque année, ajoute Peter Sutherland, qui espère que son rapport, sorte de Doha pour les nuls, convaincra. Parce que le commerce est aussi un moteur de développement, renchérit Susilo Yudhoyono. Aussi parce qu’il ne reste «qu’un kilomètre à parcourir», d’après Jagdish Bhagwati. Enfin, parce que «80% du travail est sur la table», a ajouté Pascal Lamy. Le Français observe «plus de vapeur» au siège de l’OMC qu’il y a quelques mois. Mais la pression doit encore monter pour conclure. «Ce qui restera du Cycle de Doha dans dix ans, ce ne sera pas les réductions de 1 ou 2% des droits de douane sur les cacahuètes ou les sacs plastique, pour lesquelles vos négociateurs s’écharpent comme des fous! Mais un système qui prévient le protectionnisme, comme on vient de le voir dans la crise», a-t-il tonné.

Et si rien ne se passe? Les élections prévues dès 2012 et 2013 dans plusieurs grands Etats repousseront le tout à beaucoup plus tard, ont-ils laissé entendre.