Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Il n’aura pas fallu longtemps pour que certains concurrents du groupe Volkswagen (VW) tentent de profiter du scandale sur les normes d’émissions polluantes dans lequel s’est empêtré le groupe allemand. Les premières salves ont été tirées en Italie par Sergio Marchionne, patron du groupe Fiat Chrysler Automobiles (FCA).

Le constructeur italo-américain offre, dans la Péninsule, une prime de 1500 euros (1622 francs) aux clients qui échangent leur VW contre une Fiat ou une Jeep, deux des marques de FCA vendues en Italie. Ford a suivi le mouvement en offrant une prime de 750 euros.

Pour l’instant cette offensive n’est menée qu’en Italie, où certains revendeurs Fiat trouvent la méthode exagérée. «Il ne s’agit pas de concurrence normale, mais du dépouillement d’un rival en difficulté», ont-ils affirmé au journal spécialisé Automotive News. L’opération s’avère cependant payante si l’on en juge par les derniers chiffres des ventes de voitures en Italie. En octobre, soit quelques semaines après l’éclatement du scandale des moteurs diesel truqués, la progression des ventes du groupe FCA se monte à 10,8%, celle de Ford atteint 9,3%, alors que la marque VW plonge de 6,8% dans un marché italien en hausse de 8,6%.

Les principaux effets se feront sentir dès novembre

Le phénomène n’a pas échappé à Alexander Haissl, analyste de Credit Suisse. «En Europe, la croissance des ventes du groupe VW s’affaiblit, mais l’impact des enquêtes sur les émissions polluantes ne sera vraisemblablement pleinement visible qu’en novembre, en raison du délai entre la commande et la livraison d’une voiture.» Le scandale ne semble par ailleurs pas rejaillir sur l’ensemble des constructeurs allemands. Les deux plus fortes progressions des ventes en Europe en octobre sont celles de Daimler (Mercedes) avec 21%, et de BMW (+13,4%). Le groupe VW régresse de 0,5%, avec un plus fort impact sur les marques Seat (–11,4%) et Skoda (–2,6%), dans un marché européen en hausse de 2,9%.

Le marché suisse, où les primes d’échange spécifiquement offertes aux propriétaires de véhicules du groupe VW sont inexistantes, n’échappe pas à la tendance. Elle est même forte, avec une chute de 13,6% des ventes des voitures de marque VW, de 13,7% des Audi et de 7,8% des Skoda, dans un marché en recul de 4%.

D’autres constructeurs ont opté pour une offensive plus discrète contre VW. C’est le cas du groupe Peugeot Citroën (PSA) qui a fait de la maîtrise de la technologie diesel l’un de ses atouts commerciaux. Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre du groupe français, Jean-Baptiste de Chatillon, directeur financier, a affirmé haut et fort que «PSA n’a jamais équipé ses véhicules d’un quelconque logiciel ou appareillage pouvant réduire le niveau des émissions d’oxydes d’azote (NOx) lors des tests». Il a aussi annoncé que PSA entend prouver son avance dans le domaine en publiant les émissions exactes de NOx lors du comportement routier normal des véhicules. Cette analyse sera effectuée par un contrôleur indépendant.

Le scandale des émissions polluantes s’étend au CO2 depuis que VW a admis que 800 000 véhicules, dont 100 000 munis d’un moteur à essence, sont hors des normes légales. Le constructeur allemand estime que les frais de réparation, par véhicule, seront plus élevés, soit 2500 euros, contre 609 provisionnés pour le scandale NOx.