L’attentat terroriste de Paris revendiqué par l’«État islamique» ne doit pas mener à des amalgames sur l’immigration. Quantité de policiers parisiens sont d’ailleurs issus de l’immigration. De même, il serait déplacé d’accuser une société consumériste ou un système économique qui laisserait trop de jeunes désoeuvrés et désorientés. Le débat sur les relations entre l’État et les religions doit être au centre des réflexions. «La concurrence est une bonne chose», affirmait Adam Smith. Est-ce vrai pour toutes les religions et communautés sachant que les fondamentalistes salafistes et l’État Islamique n’acceptent aucune concurrence? «Un postulat fondamental demeure: Les religions doivent reconnaître et respecter elles-mêmes les droits de l’homme tels que l’égalité de la femme. L’Europe ne peut pas admettre que les droits de l’homme soient relativisés en fonction de la religion et de la culture», explique Wolfgang Schüssel, l’ex chancelier autrichien, dans un ouvrage collectif regroupant l’historien Harold James (Princeton), la sociologue Necla Kelek, des libéraux comme Roland Vaubel, Gerhard Schwarz et des économistes (1).

Les pratiques de l’islam sont très diverses, mais certaines sont incompatibles avec les constitutions occidentales. Les mouvements qui continuent de placer la religion au-dessus du droit, à prôner la violence et la haine sont à proscrire. Et les représentants de l’islam en Europe sont tenus de prendre position sur les passages les plus violents du Coran.

La coexistence multiculturelle à l’épreuve

La coexistence multiculturelle est mise à l’épreuve. Elle peut être ruinée par le fanatisme islamique et une réponse ambiguë à son égard. Il en va de notre liberté, au sens libéral du mot, celui qui s’impose des limites là où commence celle des autres. Malheureusement, «au sein de l’islam, l’homme est considéré comme partie de la communauté et non pas comme un individu», selon Necla Kelek. Nous sommes entrés dans une «société post-séculaire» dans laquelle la liberté religieuse est un droit de l’homme, mais l’institutionnalisation de ce droit fait défaut dans de nombreuses régions, écrit Jürgen Habermas.

Adam Smith avait insisté sur le fait qu’un monopole n’a des chances de persister qu’à condition d’être imposé par l’État. Cela vaut aussi pour une religion. «Les monopoles religieux ont souvent été l’œuvre des grands empires», observe Roland Vaubel, professeur à l’université de Mannheim. Qu’il suffise d’évoquer l’Egypte des pharaons (Djoser, Khephren, Kheops) et leur création d’une religion d’État, Darius 1er le grand roi de l’Empire Perse, ou Charlemagne au Moyen-Âge.

L’oppression des minorités religieuses n’a pas été rare lors des conquêtes d’un souverain. L’union de la Castille et de l’Aragon s’est ainsi accompagnée de la création de l’Inquisition (1480). Les cartels sont plus vulnérables que ces monopoles. C’est pourquoi la liberté de religion a été plus vive dans une Europe fragmentée et dans un contexte de concurrence des villes-Etats du Nord de l’Italie (humanisme) et les petits Etats allemands (réformation).

La corrélation entre monothéisme et conflit religieux n’est pas causale. Une troisième variable peut intervenir, la puissance du souverain.

«Le marché est en équilibre si, comme au Japon et aux Etats-Unis, un plus grand nombre de confessions, de religions et de sectes ou si la religion commune s’accompagne d’un grand nombre de dieux, de saints et de possibilités d’interprétation», fait valoir Roland Vaubel. La corrélation entre monothéisme et conflit religieux n’est pas causale. Une troisième variable peut intervenir, la puissance du souverain. Plus ce dernier est autoritaire et plus il s’immisce dans les affaires religieuses. C’est la raison pour laquelle Adam Smith plaide pour une concurrence atomisée des religions. Dans une démocratie majoritaire, aucune religion ne devrait dépasser la majorité absolue, affirme Roland Vaubel.

Dans ce contexte de concurrence, nous ne pouvons que recommander l’excellent «Petit éloge du catholicisme français», de Jean-François Bouthors (Ed. Bourin), notamment pour son chapitre sur la liberté. Nombre d’esprits catholiques ont été «trempés dans le feu et l’eau de la liberté»: De Rabelais à Maurice Clavel, Molière et Verlaine. Foi et liberté peuvent aller de pair.

Aujourd’hui, l’État doit éviter toute discrimination des minorités religieuses. Mais, pour Wolfgang Schüssel, «cela présuppose la tolérance pour une libre concurrence de la part de toutes les religions. Le défi est particulier pour l’islam, explique-t-il. Les Chrétiens sont victimes de discrimination et de répression dans 111 pays, fait valoir l’ex chancelier!

(1) Religion, Liberalität und Rechtsstaat, Gerhard Schwarz, Beat Sitter-Liver, Adrian Holderegger, Brigitte Tag, Progress Foundation, Verlag NZZ (2015).