La Suisse reste le numéro un mondial dans la gestion de fortune privée transnationale. Sur les 5700 milliards de francs d'épargne transnationale, la place helvétique contrôle une part de 31,2%, suivie par les Caraïbes (15,6%), Londres et les îles Anglo-Normandes (15,6%), le Luxembourg (11,4%), les Etats-Unis (10%), Hong Kong (6,2%), puis Singapour (1,4%).

La place suisse compte toujours 75% de clients européens. «La dépendance envers ce marché est un défi, a constaté Ivan Pictet, associé de Pictet & Cie, lors du forum de la CIFA jeudi. Il faudra nous positionner plus agressivement pour vendre nos services à d'autres parties du monde.»

Des places comme Singapour, Hong Kong et Dubaï rattrapent vite les plus grandes places. La croissance de leurs avoirs privés sous gestion atteint 10-12% par an. «Ces places d'Asie pourraient devancer bientôt le Luxembourg», estime Philipe Monti, directeur chez Julius Bär. Mais Singapour n'est pas une menace pour la Suisse: la ville-Etat gère environ 210 milliards de francs. Allison Lim, directrice de l'Autorité monétaire de Singapour, a souligné jeudi à Genève qu'un très faible pourcentage sur cette somme est d'origine européenne, et démenti avoir vu l'afflux massif d'argent européen prédit par la presse.

Rivale traditionnelle de la Suisse, la place luxembourgeoise est née il y a vingt ans. Elle gère au moins 775 milliards de francs de clientèle, selon l'Association luxembourgeoise des professionnels du patrimoine. Centre financier de l'Europe, elle s'est forgé une solide réputation dans les fonds de placement, et compte aussi sur son secret bancaire pour garder ses clients très majoritairement européens (35% de Belges, 20% d'Allemands et 20% de Français). Vital, son secteur financier contribue 40% des recettes du Grand-Duché, contre 14% pour la Suisse. Sous le feu des amnisties belge et allemande, le Grand-Duché s'est positionné plus vite que la Suisse comme lieu attrayant pour la domiciliation des hedge funds et pour l'activité du private equity. En Suisse, l'adaptation du cadre légal tarde à se matérialiser. La nouvelle loi fédérale sur les fonds de placement n'entrera pas en vigueur avant 2006.

Numéro un dans la gestion institutionnelle, Londres arrive derrière la Suisse dans la gestion privée, avec 670 milliards de francs d'avoirs sous gestion. C'est le premier domicile de clients privés, avec le plus grand nombre de milliardaires (40, contre 20 à Genève).

La véritable supériorité de Londres réside dans les hedge funds. La City contrôle 14% de ce marché et probablement 20% en 2010, estime la FSA britannique. Londres accueille 70% des actifs européens de hedge funds. Fin 2003, ces actifs se montaient à 150 milliards de francs. Ivan Pictet a regretté, jeudi, qu'il n'y ait pas plus de hedge funds gérés depuis la Suisse, «alors que les clients des banques suisses sont les plus grands consommateurs de hedge funds».