On a cru un peu vite que la recapitalisation de Sabena permettrait à la compagnie aérienne belge de respirer. Il n'en est rien. Quatre de ses concurrents s'apprêtent à saisir la Commission européenne. Ils estiment que l'apport de 250 millions d'euros (environ 384 millions de francs) dont le transporteur en difficulté a bénéficié de la part de ses deux principaux actionnaires ressemble à une aide d'Etat, en principe interdite par la législation européenne.

British Airways, Lufthansa, la néerlandaise KLM et la scandinave SAS envisagent d'adresser une plainte commune à la Commission, «gendarme» de la concurrence dans l'Union européenne. Selon le Financial Times, qui révélait l'information mardi, elles comptent demander à l'exécutif communautaire ce qu'il adviendrait de l'aide de l'Etat belge si SAirGroup devait se désengager de Sabena, une hypothèse que le transporteur suisse n'exclut pas.

Leur crainte? Que l'injection d'argent frais approuvée vendredi dernier par l'assemblée générale des actionnaires contribue à fausser le jeu de la concurrence. L'Etat belge, qui détient 50,5% du capital de la compagnie, y contribuera à hauteur de 100 millions d'euros (152 millions de francs), la part de SAirGroup se montant à 150 millions d'euros (228 millions de francs).

La Commission a annoncé mardi qu'elle se prononcerait «dans les plus brefs délais» sur la conformité de cette recapitalisation avec les règles européennes sur les aides d'Etat. Loyola de Palacio, commissaire aux Transports, a introduit lundi déjà une «requête urgente» auprès de l'Etat belge afin d'obtenir toutes les informations qui lui permettront de trancher. L'exécutif communautaire avait donné en 1991 son feu vert à une aide de l'Etat belge à Sabena, à condition que cette subvention soit la dernière.

La compagnie, condamnée à la faillite sans cette nouvelle injection d'argent frais, ne risque pas pour autant d'essuyer un refus de Bruxelles, estiment les experts. L'Etat belge devrait pouvoir prouver qu'il a agi comme l'aurait fait un investisseur privé, ce que tend d'ailleurs à démontrer la contribution plus importante consentie par SAirGroup. «C'est sur ce point que la Commission statuera avec toute la diligence nécessaire», souligne son porte-parole.

Un ennui n'arrive jamais seul, c'est bien connu. La présidente du Tribunal de commerce de Bruxelles a entamé de son côté des investigations pour déterminer si Sabena ne se trouve pas en situation de faillite. La magistrate demande elle aussi à la Commission de juger de la légalité de la recapitalisation. Dans le cas contraire, elle serait contrainte de s'adresser au Parquet, qui devra diligenter une procédure de mise en liquidation.

Selon une information de la Weltwoche, les compagnies SAirGroup et Lufthansa auraient conclu un accord. Ce dernier permettrait à la compagnie allemande de racheter à bas prix Air Littoral à la compagnie helvétique, en échange d'une plainte déposée devant la Commission européenne relative à la recapitalisation de Sabena.