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Les concurrents à Uber 100% féminins se multiplient

Aux Etats-Unis, au Brésil et en Australie, des services de transport sont exclusivement proposés par des femmes, pour des femmes

Ils s’appellent Shebah, FemiTaxi, Lady Driver ou encore Safr. Ils portent pour certains un nom abscons, alors que d’autres affichent immédiatement la couleur: des services de transport proposés par des femmes, et réservés à des femmes. En Australie, aux Etats-Unis ou encore au Brésil, ces entreprises se multiplient et veulent profiter de la popularité d’Uber pour s’adresser à un marché bien précis.

Les débuts de la multinationale américaine avaient été marqués par plusieurs affaires d’agression, voire de viol, à l’encontre de clientes. Et la popularité croissante d’Uber – qui effectue entre 5 et 10 millions de courses par jour au niveau mondial – s’est accompagnée de la poursuite de tels délits. Ainsi, la semaine passée, une femme racontait comment un chauffeur avait tenté de l’emmener de force dans un hôtel de Denver (Colorado). La même semaine, un homme se faisant passer pour un chauffeur d’Uber violait une femme à Athens (Géorgie).

Uber promet de faire mieux

Mi-avril, Dara Khosrowshahi, le directeur d’Uber, annonçait qu’il allait ajouter, au sein de l’application, un moyen d’appeler directement les secours, via le numéro 911, en cas de problème. Ce service sera introduit dans plusieurs villes américaines. En parallèle, la société basée à San Francisco affirmait qu’elle allait accroître la surveillance de ses chauffeurs. Contacté lundi, Uber Suisse n’a pas répondu à nos questions. Il semblerait qu’au niveau mondial, le pourcentage de conductrices chez Uber soit d’environ 15%.

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Ces soucis ont incité des femmes à créer des «Uber pour femmes», tel Shebah, actif en Australie. «J’ai créé cette société car je voulais gagner de l’argent de manière sûre et confortable. J’ai découvert que seulement 10% des chauffeurs Uber en Australie sont des femmes et que seuls 4% des conducteurs de taxi sont des femmes. Il est clair que je n’étais pas la seule femme qui était anxieuse de véhiculer des hommes», expliquait récemment George McEncroe, la femme à l’origine de Shebah. Son service est disponible à Melbourne, Canberra, Sydney ou encore Brisbane. Shebah, lancé en mars 2017, reverse 85% du prix de la course aux conductrices, ce qui est supérieur aux 75% d’Uber.

Ambitions brésiliennes

Au Brésil, plusieurs services féminins se font déjà concurrence. Ainsi, Lady Driver revendique plus de 100 000 utilisateurs et 11 000 chauffeurs à São Paulo. FemiTaxi (20 000 courses par mois et 1000 conductrices), fondé par un homme, Charles-Henry Calfat, est actif dans six villes du pays et songe à s’étendre dans d’autres pays d’Amérique latine. Le Brésil est le deuxième marché le plus important d’Uber après les Etats-Unis, avec 500 000 chauffeurs et 17 millions de passagers.

Gabriela Corrêa, directrice du service féminin Lady Driver, expliquait récemment avoir recruté 11 000 chauffeurs à São Paulo, avec l’ambition de s’étendre à Rio de Janeiro. «Nous estimons que 15% du marché du transport privé peut être détenu par des applications de transport féminin», affirmait en janvier la responsable, qui envisageait une expansion au Pérou, en Argentine et au Mexique.

Faillite aux Etats-Unis

Ces sociétés font logiquement face aux mêmes soucis que les sociétés de transport classiques. Ainsi, en janvier de cette année, faisait faillite la société américaine See Jane Go, fondée deux ans auparavant. «En tant que jeune start-up, nous avons été incapables de lever suffisamment d’argent pour poursuivre nos activités», affirmait alors la directrice Cassandra Miller. Son entreprise, qui avait levé plus de 2,5 millions de dollars, avait démarré dans le comté d’Orange, au sud de Los Angeles et visait le marché international.

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Toujours aux Etats-Unis, la société Safr est toujours active à Boston, mais a perdu son directeur l’année passée. Syed Zain Gilani a été interpellé et inculpé de fraude fiscale pour un montant de 2 millions de dollars.

Peu avant le lancement de Safr, début 2017, des juristes avaient averti que le service pourrait être déclaré illégal car discriminant envers les hommes. Mais aucune action en justice ne semble avoir été lancée depuis. Il n’existe pas encore de «Uber féminin» actif sur l’ensemble des Etats-Unis, ni en Suisse, à notre connaissance.


Ces semaines, dans le cadre des 20 ans, «Le Temps» met à l’honneur la cause de l’égalité hommes-femmes. Retrouvez nos articles sur la page dédiée.

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