Coupable et condamné. Hier, le Tribunal de district de Tokyo a rendu son verdict dans l'affaire qui oppose, depuis mai 1999, les autorités nipponnes au Credit Suisse Financial Products (CSFP), une filiale de la banque helvétique spécialisée dans les produits dérivés. Rebaptisée depuis Credit Suisse First Boston International (CSFBI), l'ex- CSFP a été condamné par les juges à 40 millions de yens d'amende – environ 554 000 francs – pour avoir, à la fin des années 90, aidé des entreprises japonaises à camoufler leurs dettes via des sociétés off-shore, et violé les régulations bancaires de l'Archipel. C'est la première fois qu'une banque étrangère est condamnée au pays du Soleil-Levant où plusieurs firmes de courtage nipponnes ont en revanche déjà été pénalisées. Le Credit Suisse Group a réagi par un communiqué laconique et ne fera pas appel.

La sévérité des magistrats nippons tient moins dans le montant de l'amende – la pénalité maximale prévue par le code bancaire japonais est de 300 millions de yens – que dans leurs attendus. En un peu plus d'une heure, les juges (dont les propos étaient simultanément traduits en anglais) ont, jeudi matin, reconnu le Credit Suisse coupable d'avoir sciemment violé la loi et entravé l'enquête. «La responsabilité judiciaire de l'accusé est sérieuse. L'attitude de la banque et de son person-nel était préméditée et systématique», a précisé le juge Shozo Ogura. La filiale incriminée du Credit Suisse, dont le siège se trouve à Londres, était représentée par l'avocat new-yorkais Joseph Mac Laughlin et son collègue japonais Toshihiko Tanaka.

Un autre procès opposait les autorités nipponnes à l'ancien directeur de CSFP, Shinji Yamada, 48 ans. Reconnu coupable d'avoir entravé l'investigation de la commission de services financiers japonaise (FSA), celui-ci a été condamné à quatre mois de prison et deux années de mise à l'épreuve.

Pour le groupe helvétique, ce verdict sévère clôt le feuilleton le plus douloureux de sa longue présence dans l'archipel: «Le Credit Suisse Group regrette les actions de certains des anciens employés de CSFP Tokyo mais maintient, comme il l'a fait tout au long du procès, que la banque ne doit pas être seule tenue pour responsable», peut-on lire dans le communiqué distribué à la presse. Le Credit Suisse Japon a tenu à rappeler qu'en ce qui concerne ses activités bancaires, toutes les sanctions prises à son encontre en novembre 1999 par la FSA ont été levées à la fin 2000. «Le procès solde une page sombre de notre histoire dont nous avons su tirer les leçons, précise Kajino Isamu, porte-parole de la banque à Tokyo. Le fait que le Credit Suisse ne soit plus sanctionné est la preuve de notre complète réhabilitation.» Signe que ces déboires récents et le présent ne font pas bon ménage, le président de CS Japon Yuji Suzuki ne s'était d'ailleurs pas déplacé au tribunal.

Hier, les responsables de la banque helvétique ne paraissaient pas trop inquiets de l'impact de ce verdict sur leurs clients: «Nous avons suivi à la lettre les recommandations des autorités et celles-ci nous font de nouveau confiance, explique l'un d'eux. C'est notre meilleur atout».