Technologie

Condamné à une amende de 5 milliards, Google a plusieurs armes pour répliquer

Suite à l'annonce d'une amende de 5 milliards de francs par la Commission européenne pour abus de position dominante avec Android, Google a le choix entre plusieurs stratégies. Le groupe américain a clairement les cartes en main

L’homme est discret, peu connu du grand public. Il n’a pas les mots cassants d’Eric Schmidt, l’un de ses prédécesseurs à la tête de Google. Sundar Pichai, qui dirige la multinationale depuis 2015, a plutôt une main de fer dans un gant de velours. Mercredi, quelques minutes après l’annonce de l’amende de 5 milliards de francs infligée par la Commission européenne, Sundar Pichai écrivait ceci sur le blog de Google: «Jusqu’à présent, le modèle économique d’Android était tel que nous n’avions pas à faire payer les fabricants de téléphones pour utiliser nos technologies, ou à les faire dépendre d’un modèle de distribution finement contrôlé.»

Lire aussi: Sept clés pour comprendre l’amende record de 5 milliards de francs infligée à Google

Une menace légèrement voilée. L’Union européenne veut remettre en question la distribution d’Android? Pas de souci. Google se réserve alors le droit de faire payer Samsung, Sony ou Huawei pour qu’ils utilisent son système d’exploitation. C’est une arme que possède le concepteur de logiciels. Mais ce n’est de loin pas la seule.

Plusieurs leviers

Les 5 milliards de francs exigés par Margrethe Vestager, la commissaire européenne chargée de la Concurrence, n’effraient ni Google, ni ses actionnaires – mercredi, l’action clôturait à l’équilibre à Wall Street. La raison est simple: tant les fabricants de smartphones que les consommateurs sont devenus ultra-dépendants de ses logiciels et services. Et cela offre plusieurs leviers à Google.

Le premier consiste à modifier ses liens commerciaux avec les fabricants. Aujourd’hui, selon Sundar Pichai, plus de 1300 marques – profitant de la gratuité d’Android – proposent 24 000 appareils différents tournant avec ce système. Obligés d’installer notamment l’application de recherche et le navigateur web Chrome s’ils veulent proposer l’accès au Play Store (le magasin d’applications de Google), ces fabricants pourraient exiger davantage de liberté. Mais elle aura un prix. Et peu seront prêts à payer pour Android: lors du dernier trimestre 2017, parmi tous les fabricants de smartphones, Apple raflait à lui seul 87% des profits de la branche, selon la société de recherche Canaccord Genuity. La plupart de ses concurrents perdent de l’argent et il n’est pas certain qu’ils soient nombreux à vouloir renchérir leurs téléphones de 20 ou 50 dollars.

Payer pour être présent

Comme le notait cette semaine le Wall Street Journal, la situation inverse pourrait se produire. Se sentant plus libres, les fabricants pourraient exiger de l’argent de la part de Google pour que ses applications soient pré-installées. Ce ne serait pas un souci pour la multinationale: elle paie actuellement 9 milliards de dollars par année pour que ses services – par exemple Google Search au sein du navigateur Firefox – soient présents partout.

Google – à qui la Commission européenne a adressé des griefs mais pas demandé de solutions précises – pourrait aussi simplement laisser les fabricants de smartphones installer ou pas ses propres applications avec Android. Et là, ce sont les consommateurs que la multinationale tient. «Ils vont certainement télécharger les applications de Google, tout simplement, lorsqu’ils auront un nouveau téléphone Android – exactement comme ils le font lorsqu’ils achètent un nouvel iPhone», estimait Stephen Ju, analyste de Credit Suisse dans une note. Pour la banque, l’impact de la décision européenne sera ainsi «minimal».

Souci avec la sécurité

Google a ainsi plusieurs options, dont aucune ne lui coûterait très cher. La société doit aussi affronter, a priori facilement, un autre reproche européen: celui de ne pas laisser les fabricants de smartphones installer des versions différentes d’Android. Mais ces fabricants le voudront-ils vraiment? Depuis des années, les consommateurs leur reprochent de mettre à jour Android avec beaucoup de retard. Créer des versions d’Android ne fera qu’empirer la situation – et augmenter les problèmes de sécurité. Ce qui fera la joie d’Apple, qui maîtrise logiquement mieux son écosystème.

Selon Eric Sheridan, analyste chez UBS cité par Bloomberg, la décision européenne pourrait accélérer le développement de smartphones par Google lui-même. C’est une option pour la multinationale, qui rachetait les laboratoires de HTC pour 1,1 milliard de dollars en septembre dernier. Google propose déjà ses propres smartphones – sous la marque Pixel – mais les ventes demeurent confidentielles. Selon l’analyste d’UBS, être plus présent sur le marché des smartphones est une option de plus pour Google, mais elle lui coûtera.


La multinationale étend sa toile mondiale

Les soucis avec la Commission européenne n’empêchent en aucune mesure Google de s’étendre de manière physique sur la planète. Cette semaine, le groupe a ainsi annoncé qu’il allait se doter d’un câble transatlantique privé (baptisé Dunant) reliant la côte Est des Etats-Unis à la France, qui sera utilisé pour son activité de «cloud» (informatique dématérialisée). Ce sera le deuxième câble sous-marin entièrement privé de Google, après le câble Curie reliant la côte Ouest des Etats-Unis au Chili, dont la construction a été annoncée en janvier.

Google n’a pas voulu indiquer le montant de l’investissement, ni préciser l’endroit où le câble arriverait en France, se contentant d’évoquer «la côte Atlantique». Selon des estimations citées par l’entreprise dans un billet de blog, jusqu’à 25% du trafic internet mondial transiterait par son réseau en fibre optique.

Lire aussi: Alphabet va déployer ses premiers ballons transmetteurs d’internet au Kenya

En parallèle, Alphabet, la maison mère de Google, va déployer au Kenya pour la première fois commercialement ses ballons transmetteurs d’internet destinés à fournir des connexions dans des régions isolées, a indiqué la société jeudi. (LT)

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