La confiance malgré tout

Gestion Les actions émergentes offrent une meilleure performance que les actions européennes et japonaises en 2014

2014 a été une année particulière au regard de la dispersion élevée des performances: les marchés du Qatar et de l’Inde progressent de plus de 30%, alors qu’à l’inverse ceux de la Russie et de la Hongrie chutent d’environ 20%.

A court terme, les perspectives des actions de ces pays semblent prometteuses. En 2015, la volatilité liée aux consultations électorales devrait se réduire dans la mesure où seuls deux pays prévoient des élections (élections présidentielle et parlementaire en Pologne et élections générales en Turquie). Les révisions de bénéfices semblent se faire à la hausse et les niveaux de valorisation demeurent très attractifs: les actions des marchés émergents se négocient en effet sur la base d’un ratio cours sur bénéfice à 12 mois (Price Earning Ratio, P/E) de 10,7, niveau inférieur de près de 30% au P/E des actions mondiales et américaines. Selon nous, les investisseurs sous-pondèrent massivement les actions des marchés émergents: en conséquence, nous sommes convaincus qu’elles devraient bien se comporter l’an prochain.

Par ailleurs, les perspectives à long terme de ces actions nous semblent positives dans la mesure où le bien-fondé structurel de l’investissement demeure intact. La réorientation des pouvoirs économiques et politiques mondiaux au profit du monde en développement se poursuit. Si la croissance du PIB des marchés émergents risque d’être inférieure à ses niveaux antérieurs, elle se stabilise néanmoins et dépend de plus en plus de la consommation intérieure, plutôt que des investissements en infrastructures. L’urbanisation croissante et le développement rapide d’une classe moyenne contribuent également à la transition vers une croissance plus durable.

Quels sont les risques inhérents aux marchés émergents pour 2015? Les conséquences d’un affaiblissement de la croissance du PIB chinois se feraient sentir aussi bien pour les pays émergents que pour les pays développés. Si la situation venait à se détériorer en Ukraine, il est probable que les investisseurs deviendraient plus prudents à l’égard des actions russes. Le risque politique demeure également élevé dans un certain nombre de pays: en Thaïlande, la situation est toujours instable alors que les dirigeants militaires tentent de maintenir la croissance malgré le report des dépenses publiques et la baisse des exportations; par ailleurs, combien de temps la population se satisfera-t-elle de dirigeants non élus? En outre, des différends territoriaux créent des tensions entre la Chine et certains de ses pays voisins, tels que le Japon, le Vietnam et les Philippines.

La fin des mesures d’assouplissement quantitatif aux Etats-Unis et le début d’un cycle de durcissement monétaire pourraient avoir une incidence négative sur les marchés émergents. Il y a cependant fort à parier que les facteurs susceptibles d’avoir le plus d’influence soient le rythme du durcissement de la Fed, la rapidité de la reprise économique outre-Atlantique et la vigueur du dollar américain. Les mesures d’assouplissement monétaire récemment prises par d’autres banques centrales, en particulier par la Banque centrale européenne et par la Banque du Japon, devraient également avoir un effet significatif et apporter un soutien aux actions des marchés émergents et aux monnaies de ces pays grâce aux investissements directs, aux échanges commerciaux et aux flux de portefeuille. Il est probable que le relèvement des taux américains se fasse de façon très progressive dans un environnement marqué par une croissance soutenue: la demande américaine devrait en conséquence contribuer à la croissance des marchés émergents (en particulier de celle des pays exportateurs), compensant l’impact du durcissement monétaire.

Comment les investisseurs devraient-ils se positionner? Dans la mesure où la plupart d’entre eux sous-pondèrent déjà les actions des marchés émergents et où le niveau des valorisations suggère un scénario pessimiste, les investisseurs devraient selon nous allouer progressivement davantage de capitaux à cette catégorie d’actifs. Le meilleur moyen pour renforcer une exposition aux actions de ces marchés nous semble être de construire un portefeuille concentré d’entreprises de qualité, dotées d’équipes de direction expérimentées et de modèles commerciaux solides. En outre, nous sommes convaincus qu’une stratégie de sélection des actions de type «bottom up» constitue le meilleur moyen d’identifier les opportunités de surperformance.

* Head of Global Emerging Markets, Mirabaud Asset Management

Le Qatar et l’Inde progressent de plus de 30%, alors que la Russie et la Hongrie chutent d’environ 20%