La confiance devient une denrée rare. Au WEF, une étude effectuée dans 28 pays montre ainsi qu’en ce qui concerne les médias, le niveau de confiance n’a même jamais été aussi bas, passant à 43% de confiance de la part du public contre 48% l’an dernier. La firme de relations publiques Edelman publie chaque année à Davos son baromètre dans ce domaine. L’exercice qui a commencé en 2001, a montré chaque année qu’un grand thème se dégageait sur ce terrain.

En 2002 par exemple, l’étude constatait la chute des CEO stars, alors que la bulle des sociétés internet avait éclaté l’année d’avant. En 2012, ce sont les gouvernements qui voyaient leur étoile pâlir et, cette fois, c’est le tour de la presse, celle-là même qui n’a pas su anticiper des changements politiques déterminants en 2016. L’étude pointe du doigt les résultats inattendus du vote sur le Brexit et des élections américaines. Résultat: les gens croient toujours plus leurs amis et leurs contacts sur internet comme source de nouvelles et de faits que les médias.

Un système qui déraille

Pour Richard Edelman, de la société homonyme, «la confiance dans les médias a plongé cette année car ils sont vus comme une élite parmi d’autres. Les gens choisissent un monde auto référentiel». Un sentiment anti-élite qui est largement alimenté chaque année à Davos par l’étude d’Oxfam sur les inégalités, toujours publiée en ouverture du forum. Fini le slogan des 1%, le chiffre à retenir cette année est 8, soit le nombre de milliardaires dont la fortune cumulée est équivalente à la moitié de celle de la population mondiale. Signe pour de nombreux observateurs, y compris au WEF, que le système déraille et n’assure plus sa fonction de redistribution.

Présent sur un panel qui traitait du futur des médias et de l’information, le fondateur de la plus grande agence de relations publiques au monde s’est montré très pessimiste sur l’état de la presse et de son rôle. «Chacun a désormais sa propre vérité. Le public préfère les réseaux sociaux comme canal mais aussi comme source d’information». Dans le baromètre de la confiance d’Edelman, les médias se situent en dessous de 50% soit moins que les gouvernements. «Nous sommes dans un monde désormais sens dessus dessous». La pyramide est inversée et «les sources officielles ne sont plus considérées». Autre illustration de la défiance, les sondés se fient davantage aux moteurs de recherche qu’aux journalistes et ils trouvent tout aussi crédible une «personne comme eux» qu’un expert.

Les ONG aussi sont touchées

L’intérêt de l’étude porte aussi sur la durée dans laquelle elle s’inscrit. En 2006 déjà, le classement montrait l’émergence de Monsieur Tout-le-Monde comme personnalité dont le discours méritait d’être entendu. L’année suivante, le monde des affaires dépassait en crédibilité les gouvernements et les médias, déjà, soit autant de signes avant-coureurs du désamour grandissant vis-à-vis de la presse.

Le paysage décrit par l’étude cette année ne laisse pas beaucoup d’institutions exemptes de reproches. Dans un monde où l’influence prépondérante vient de la base et plus d’en haut, que vous soyez une entreprise (52% de confiance, -1%), un Etat (41%, -1%) mais aussi une ONG (53%, -2%) fait de vous une institution, donc une entité dont il faut remettre en cause l’autorité et l’influence. Cette année, la confiance a décliné dans 21 pays sur les 28 étudiés. En conclusion, Richard Edelman prévient les participants de Davos: les élites ne contrôlent désormais plus rien.