«La confirmation de John Snow au poste de secrétaire d'Etat au Trésor, mercredi, plaide pour le maintien de la politique du dollar faible et de l'utilisation occasionnelle de l'arme protectionniste.» Roland Duss, économiste chez Ferrier Lullin à Genève, voit dans la décision de George W. Bush le choix de la continuité. Les recettes lui ayant permis de relancer la machine économique restent d'actualité.

Le maintien de John Snow constitue pourtant une relative surprise. Les signaux de son départ s'étaient multipliés ces dernières semaines. Le très conservateur Wall Street Journal évoquait ouvertement le nom de possibles successeurs. Le quotidien insistait mercredi sur les qualités de l'économiste Phil Gramm, un ancien sénateur républicain: «Personne ne serait meilleur avocat pour réformer la sécurité sociale.»

George W. Bush lui a préféré John Snow. Probablement une récompense pour bons et loyaux services, tant le secrétaire au Trésor n'a pas ménagé ses efforts lors de la récente campagne présidentielle.

Depuis sa nomination à fin 2002, John Snow a embrassé la croisade économique de l'administration Bush sans faire de vagues. Il est vrai que le programme mis en place a porté ses fruits. La croissance américaine devrait dépasser 4% cette année, portée par un consommateur dopé aux baisses d'impôts et par un gouvernement peu avare en dépenses. Au-delà, les mesures protectionnistes (acier, etc.) ont permis à George W. Bush de marquer des points à l'interne. Ces décisions n'ont certainement pas déplu à l'ancien industriel, actif dans le fret ferroviaire entre 1991 et 2003.

Relativiser les dangers

Le prédécesseur de John Snow avait été moins conciliant. Paul O'Neill avait été démissionné après s'être opposé à la troisième vague de réductions d'impôts décidée par l'équipe Bush. Le creusement des déficits engendré par la baisse des rentrées fiscales l'avait certainement interpellé.

John Snow ne semble guère préoccupé par ce phénomène. Sa loyauté envers le président l'a poussé à relativiser les dangers que font courir les déficits (budgétaires et commerciaux) à l'économie américaine. Un terrain sur lequel il est de moins en moins suivi. Le président de la Réserve fédérale (Fed) Alan Greenspan s'en est ému lors de la récente réunion des ministres du G20 à Berlin. Il a indiqué que les déficits ne pourraient pas se creuser indéfiniment.

John Snow a une stratégie pour rétablir la situation. Il parie sur la baisse du dollar pour juguler les déséquilibres commerciaux. Une «dévaluation» compétitive rend les exportations américaines plus attractives et renchérit les importations. Elle gonfle également les profits rapatriés par les firmes américaines de l'étranger, ce qui profite finalement aux recettes du gouvernement.

Mais cette politique a ses limites. Elle n'a aucun impact sur les échanges réalisés avec le puissant partenaire économique chinois et, plus largement, avec l'Asie. Car les devises de la majorité des pays asiatiques sont liées («peggée») d'une manière ou d'une autre au billet vert.

Ce n'est pas l'unique problème. Les banques centrales asiatiques et les investisseurs étrangers financent le déficit extérieur américain au travers de l'achat de bons du Trésor. Ils risquent d'être refroidis par un dollar en chute libre qui ronge la valeur de leurs placements. S'ils venaient à se détourner des obligations d'Etat, la situation pourrait devenir très délicate. Les taux américains prendraient l'ascenseur et risqueraient de mettre en difficulté les consommateurs américains. Par ricochet, la croissance ralentirait et les Bourses plongeraient. Un scénario que redoutent de plus en plus d'économistes.

Il est dès lors possible que George W. Bush ait gardé un atout dans sa manche en prévision de jours plus difficiles. La confirmation de John Snow ne serait alors que provisoire. Il pourrait servir de fusible dans le cas où les nuages annoncés sur l'économie américaine se transformeraient en ouragan.