La bataille qui oppose Apple au FBI ne cessera certainement pas ce vendredi 26 février. C’est ce jour que le Bureau fédéral d’enquête (FBI) avait fixé à la société de Tim Cook comme dernier délai pour lui permettre d’accéder aux données de l’iPhone de l’un des deux responsables de la tuerie de San Bernardino, en Californie, survenue le 2 décembre dernier. Mais les dernières déclarations du directeur d’Apple, couplées à des révélations sur des projets de sa société, indiquent que la marque à la pomme ne pliera pas face aux demandes des autorités.

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Tim Cook s’était déjà fendu d’une lettre ouverte pour expliquer sa position la semaine passée. Dans la nuit de mercredi à jeudi, il a – fait extrêmement rare – accordé une interview à la chaîne ABC pour défendre sa position. Le directeur d’Apple a employé une image destinée à frapper les esprits: «Le FBI nous demande d’écrire un logiciel, qui est, selon nous, l’équivalent du cancer, cette demande est mauvaise pour l’Amérique». Selon Tim Cook, une porte dérobée, soit un logiciel capable d’accéder à un téléphone verrouillé, «exposerait les gens à de terribles vulnérabilités». Incapable d’accéder au contenu de l’iPhone sans risquer l’effacement irrémédiable de ses données, le FBI demande à Apple de lui écrire un programme sur mesure.

Aussi lors de divorces?

Tim Cook a tenté de dépasser le cas de cette tuerie, qui avait causé le décès de quatorze personnes. «Certaines choses sont difficiles et certaines choses sont justes. Certaines choses sont les deux.», a-t-il affirmé pour défendre le refus d’Apple. Pour lui, il est exclu qu’un tribunal statue sur le cas présent. «Si une cour peut nous demander de créer ce logiciel [de contournement], imaginez ce qu’ils pourraient nous demander de faire. Un logiciel uniquement dédié à la surveillance? La capacité pour la police d’activer la caméra? Je ne sais pas où cela peut s’arrêter.» Le directeur a cité un exemple précis: «Le risque, c’est qu’un juge dans un autre Etat décide que cela doit s’appliquer pour un divorce, un autre juge dans un autre Etat pour un cas de fraude fiscale.» Dans la réalité, Apple a déjà reçu une demande de ce type aux Etats-Unis pour un cas de trafic de stupéfiant. Sans y donner suite.

Même si le FBI devait obtenir gain de cause dans le cas de la tuerie de San Bernardino, il pourrait être confronté à des difficultés plus importantes à l’avenir. Dans son édition de jeudi, le «New York Times» affirmait, citant plusieurs sources, qu’Apple travaillerait à de nouvelles solutions de chiffrement de l’iPhone, rendant son accès totalement impossible par des tiers. Selon le journal, il est quasiment certain que la société de Tim Cook puisse bientôt atteindre un niveau de sécurité encore plus élevé.

Erreur du FBI

Il est par ailleurs apparu que le FBI a commis une erreur au début de l’enquête. Il aurait tenté de remettre à zéro le mot de passe de l’iPhone, empêchant une synchronisation automatique avec les serveurs d’Apple et le service iCloud. Il manque ainsi les six dernières semaines de sauvegarde. La société de Tim Cook accepte en général de donner accès à ses serveurs à la police.

Chacun de leurs côtés, le FBI et Apple comptent leurs soutiens. John Brennan, directeur de la CIA a affirmé: «Je ne pense pas qu’il doit y avoir un endroit où les terroristes, ou les criminels, ou toute autre personne cherchant à violer la loi, puissent bénéficier d’une totale impunité.» Et d’ajouter: «Que diraient les gens si une banque avait un coffre […] auquel l’autorité publique ne pouvait avoir aucun accès […] et que les criminels, terroristes, etc, pourraient utiliser?».

Bill Gates s’exprime à nouveau

De son côté, Apple, soutenu par les plus grandes sociétés technologiques américaines, a constaté que Bill Gates avait modifié sa position. «Je suis attristé de lire des articles intitulés «Bill Gates soutient le FBI», car ce n’est pas ma vision des choses», a déclaré le fondateur de Microsoft à Bloomberg. Selon lui, «Dans le cas d’Apple, c’est à la justice de se prononcer. Et c’est le Congrès qui décidera sur la façon dont doit évoluer le Patriot Act.». C’est aussi le vœu d’Apple, que le débat de fonds ait lieu au niveau politique. Mais la société se prépare également à un combat en justice qui pourrait aboutir à la Cour suprême.

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