Les Etats-Unis ont-ils voulu s’assurer l’accès exclusif à un futur vaccin contre le Covid-19, en cours d’élaboration depuis janvier au sein du laboratoire allemand CureVac? L’information a fuité dimanche et ouvert un vaste débat sur les intentions de l’administration américaine.

Selon le quotidien Welt am Sonntag, le président Donald Trump en personne aurait tenté d’obtenir l’usage exclusif des recherches médicales de cette entreprise fondée en 2000, basée à Tübingen dans le Bade-Wurtemberg et qui emploie 400 salariés. De fortes incitations financières pour faire venir ses chercheurs sur le sol américain auraient été proposées ainsi qu’un contrat d’exclusivité pour la vente d’un remède.

A lire: La course contre la montre pour un vaccin anti-coronavirus

L’intérêt de l’administration américaine a été confirmé par le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, et par son collègue de l’Economie, Peter Altmaier. En revanche, aucune offre d’achat de l’entreprise en tant que telle n’aurait été faite, selon un responsable de CureVac cité par le quotidien régional Schwäbische Zeitung. Du côté américain, on juge l’affaire «exagérée» et on assure que des contacts similaires ont été pris avec 25 laboratoires médicaux dans le monde.

L’annonce de ces projets a suscité un tollé au sein de la classe politique allemande, dans un contexte de tension économique et diplomatique déjà forte avec Donald Trump. «Les chercheurs allemands sont leaders dans le développement de médicaments et de vaccins et participent à des programmes de coopération mondiale», a commenté ce lundi le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas. «Nous ne devons permettre à personne d’acquérir l’accès exclusif au résultat de leurs recherches. Nous allons vaincre ce virus ensemble, pas les uns contre les autres», a-t-il ajouté.

Nous ne devons permettre à personne d’acquérir l’accès exclusif au résultat de leurs recherches.

Heiko Maas, chef de la diplomatie allemande

Même réaction outrée de la part du président de la Commission des affaires sanitaires au Bundestag, Erwin Rüddel. «Lancer une compétition sur le lieu des recherches médicales n’est pas le bon signal», a tweeté ce chrétien-démocrate. «La coopération internationale est importante, et non pas l’intérêt national. Comme le virus, le vaccin ne doit pas s’arrêter aux frontières», a-t-il ajouté.

Face au scandale, la direction de CureVac a aussitôt tenté de rassurer. «Si nous parvenons rapidement à développer un vaccin efficace contre le coronavirus, il sera disponible non pas seulement au niveau régional, mais aidera et protégera aussi les populations de manière solidaire dans le monde entier», a tweeté Dietmar Hopp, actionnaire principal de cette entreprise et par ailleurs fondateur du groupe SAP.

Retrouvez nos principaux articles sur le virus

Vues divergentes au sein de la société

Malgré ces assurances, de nombreux éléments indiquent l’existence d’une lutte interne à l’entreprise sur ce dossier. Reçu par Donald Trump à la Maison-Blanche, le 3 mars dernier, Daniel Menicella, PDG de la société, a démissionné de manière surprise une semaine plus tard. Le soulagement non dissimulé hier du ministre de l’Economie le prouve aussi. Peter Altmaier a salué «une formidable décision» de la part de CureVac de choisir la coopération internationale.

Dans cette affaire, le gouvernement allemand a, semble-t-il, mis les bouchées doubles pour peser face aux Américains. Le ministre de la Santé, Jens Spahn, a assuré lundi être en contact avec CureVac depuis plus de deux semaines à ce sujet et a rappelé que le parlement allemand a rehaussé la semaine dernière de 140 millions d’euros le budget alloué à la recherche contre le coronavirus, via l’institut public Paul Ehrlich, avec lequel CureVac collabore.

Lire aussi: Donald Trump fâche les Européens une fois de plus

La direction du laboratoire allemand affirme de son côté avoir réalisé des premiers essais concluants de vaccination. Elle se dit confiante de pouvoir développer un vaccin d’ici au milieu de l’année «pour la population mondiale».