Le premier jour de cotation de Rosneft aura été à l'image de son arrivée dans la City: confus et entouré de la suspicion d'une bonne partie de la communauté financière. En dépit des roulements de tambours ayant accompagné, vendredi, la cinquième plus importante société jamais mise en Bourse, les titres cotés à Londres continueront d'évoluer sur un marché «gris» jusqu'à demain matin. Le prospectus de cette opération ayant été approuvé par les autorités de marché, les titres sont tenus à une phase de cotation préliminaire durant laquelle ceux-ci peuvent être négociés... mais pas compensés.

«Ces délais sont communs pour toutes les émissions de titres internationaux», se défend un des responsables de la mise en Bourse, chez JP Morgan à Londres. «Ces actions sont vouées à être traitées dès qu'elles ont été souscrites et leur prix fixé, quitte à attendre quelques jours pour que le processus de compensation entre en jeu.»

Emissions garanties

Quelles qu'en soient les raisons, les échanges des titres restent extrêmement minces: vendredi, les actions émises à 7,55 dollars finissaient la journée à 7,60 dollars en raison de l'échange de seulement 25 millions d'actions sur les... 1,4milliard émises! De la même façon, hier, alors que leur cours baissait de 2,7% à 7,41 dollars, seules une trentaine de millions avait changé de main. A Moscou, sur le marché RTS, Rosneft a terminé sa première journée en recul de 1,6% à 7,43dollars.

«Ce qui me gêne le plus, c'est de ne pas avoir eu droit à une certaine tranche d'allocation des titres réservée, comme si l'on devait accepter toutes les conditions», s'indignait un gérant de fonds parisien. Hier, aucun détail n'était encore disponible sur la clé de répartition des actions mises sur le marché. Dans l'entourage de Rosneft on restait «raisonnablement confiant», dans des échanges plus nourris après la cotation définitive.

Les seules informations officielles étaient que la moitié de cette émission de 10,54 milliards de dollars aurait été garantie par quatre investisseurs «stratégiques». Selon la presse britannique, Petronas et BP auraient chacun pris une part de un milliard de dollars, tandis que l'entité chinoise CNPC n'aurait eu à faire qu'un effort limité à 500 millions de dollars.

Restait donc à découvrir l'identité du quatrième partenaire mystérieux. Les noms de Roman Abramovich et de Gazprombank circulaient hier à Londres.