France

En congrès, le syndicat CGT se veut incontournable

L’assemblée annuelle du premier syndicat français s’est ouverte ce lundi à Marseille sur fond d’appel à la grève à la SNCF. Objectif: rallier tous les adversaires aux réformes sociales prônées par le gouvernement socialiste

C’est un duel caché qui ne dit pas son nom. Face au gouvernement de Manuel Valls résolu à ne pas retirer son projet de loi sur la réforme du travail, la Confédération générale du travail (CGT) sait qu’une grande partie de son avenir dépend de sa capacité à bloquer les réformes. En congrès à Marseille cette semaine, le premier syndicat français doit démontrer à ses 600 000 adhérents que sa capacité de blocage – et donc d’influence – demeure réelle. Surtout face à la CFDT, sa rivale sociale-démocrate qui a accepté de négocier le texte controversé, dont le débat annoncé comme houleux au parlement démarrera au début mai.

Pour remporter ce duel, le syndicat proche du parti communiste compte toujours abattre les mêmes cartes: celle d’un blocage possible du secteur public, son dernier bastion, et notamment des transports via la SNCF dont il peut perturber gravement le fonctionnement – la CGT et les autres syndicats de la SNCF ont d’ailleurs appelé lundi à une grève le 26 avril pour peser sur les négociations en cours sur les conditions de travail des cheminots. Problème: la réalité du rapport de force est aujourd’hui très différente de celle d’il y a vingt ans, lorsque la mobilisation sociale avait fait reculer le gouvernement dirigé alors par l’actuel favori des sondages pour la présidentielle de mai 2017, l’ancien premier ministre Alain Juppé.

Bastion du refus

La persistance du chômage massif, le remue-ménage social de la nouvelle économie, la prolifération des autoentrepreneurs et les fractures au sein d’un monde syndical déjà handicapé en France par sa faible représentativité (environ 7% des salariés seulement y sont syndiqués, dont 27% encartés à la CGT) ont transformé la Confédération en bastion du refus plus qu’en interlocuteur possible pour discuter de l’indispensable mutation du «modèle social Français». «La question n’est pas de savoir si nous pouvons encore bloquer le pays, mais si nous y avons encore un avenir», reconnaissait lundi lucidement, en marge de l’intervention du secrétaire général Philippe Martinez, un membre de la direction du syndicat.

La question, que ce congrès de Marseille va tenter d’évacuer, n’est en plus pas seulement sociale. Elle est aussi médiatique, et carrément politique. En refusant le dialogue avec le gouvernement et en exigeant le retrait pur et simple du texte défendu par la ministre du Travail Myriam El Khomri, le patron moustachu du premier syndicat français court le risque de devenir le bouc émissaire du gouvernement et du patronat si la réforme n’aboutit pas. Avec ce que cela suppose de diabolisation par la droite en cas d’alternance en 2017.

Syndicat mis sur la touche

Habile, le premier ministre Manuel Valls a d’ailleurs préféré jusque-là faire des concessions aux organisations étudiantes – par exemple en proposant lundi l’abaissement de l’âge d’éligibilité aux minimas sociaux de 25 à 18 ans –, plutôt que de chercher à s’attirer les faveurs d’une CGT perçue comme hostile à la modernisation du dialogue social dont la France a tant besoin. Une stratégie recommandée par ses conseillers en communication qui n’oublient pas l’opprobre public dont souffre le syndicat depuis le scandale de l’appartement de fonction de son ex-dirigeant Thierry Lepaon, démissionnaire au début 2015.

«La CGT est la caricature de cette conception si française du rapport de force érigé en mode de négociation», nous expliquait voici quelques jours l’ancien ministre de la justice Robert Badinter, appelé à la rescousse pour présenter, en janvier, un rapport d’un comité de juristes sur la réforme du code du travail. Entendez: la modernisation de l’économie française devra de toute façon se faire sans elle.

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