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A la barre de la France, le «commandant» Macron affrontera des vents conjoncturels moins hostiles que son prédécesseur François Hollande.
© Getty Images/Chesnot

Présidentielle française

La conjoncture sourit au programme Macron

Le nouveau président français Emmanuel Macron devrait profiter de la croissance européenne pour réaliser ses promesses électorales. Mais il faudra tout de même passer par une réinvention du dialogue social et un assouplissement du pacte européen de stabilité, préviennent les analystes

Les équipes de campagne du mouvement En Marche! ont œuvré pendant des semaines à l’image d’un Emmanuel Macron au-dessus des clivages politiques, d’un Macron rassembleur ou d’un Macron patriote chantant la Marseillaise main sur le cœur… Mais le président Macron parviendra-t-il réellement à atteindre ses objectifs économiques – entre 1,7 et 1,8% de croissance et un déficit budget qui passe à – 1% dans les chiffres noirs des 2021? Dans une France qui «ne se réforme que lors des révolutions» – pour reprendre les mots de l’essayiste libéral Nicolas Bavarez –, pourquoi l’inexpérimenté Emmanuel Macron devrait-il passer le cap des réformes, où sont venus se heurter tant de gouvernements?

Rien ne le garantit, d’autant que sa formation En Marche! ne jouit pas encore d’un fort ancrage politique, souligne Alan Mudie, responsable de la stratégie d’investissement de Société Générale Private Banking. «Faire campagne n’est pas gouverner. Tout dépendra de la capacité d’Emmanuel Macron de réunir une majorité parlementaire aux élections législatives de juin. On peut aussi imaginer qu’il y aura une forte opposition, notamment des syndicats de la fonction publique.» En cause: le non-remplacement de 120 000 postes de fonctionnaires dans les cinq années à venir, l’une des grandes promesses du candidat Macron. Alan Mudie voit pourtant son programme comme le plus «équilibré» de la campagne, et donc le plus apte à générer l’adhésion.

Si François Hollande avait eu sept ans

Reste que les données conjoncturelles tranchent avec les discours sur le «déclin» de la France qui ont jalonné la campagne. Depuis quelques mois, la croissance s’affirme avec des prévisions oscillant entre 1,1% (Insee) et 1,5% (Gouvernement). Le déficit public qui atteignait près de 8% du produit intérieur brut (PIB) au plus fort de la crise, a été ramené à 3% sous le gouvernement socialiste. Mieux: les Etats-Unis tournent à un niveau de plein-emploi et la locomotive chinoise devrait continuer à tirer la croissance mondiale ces prochains mois.

La conjoncture qui a tant boudé le gouvernement précédent pourrait bien sourire à Emmanuel Macron. Alors que François Hollande s’était engagé en septembre 2012 à inverser la courbe du chômage, le taux d’inoccupation baisse depuis un an. Soit juste avant la renonciation de François Hollande à briguer un second mandat présidentiel. «Si François Hollande avait eu un septennat, il aurait pu se représenter. Il lui a manqué deux ans d’embellie économique», estime Bruno Colmant, chef économiste de la banque belge Degroof Petercam.

Douze mois à «mettre à profit»

Dans un tel contexte, l’économie française a-t-elle besoin d’une véritable révolution? Non, pour Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier, qui rappelle que les multinationales françaises n’ont pas de problème de compétitivité: «Le véritable problème est le taux d’imposition qui étouffe les PME. Emmanuel Macron doit mettre à profit ces douze prochains mois d’embellie économique pour réformer, comme il l’a annoncé, vite et de manière définitive.» Lancé lors du quinquennat précédent, le Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) devrait être pérennisé via des baisses de charges et des réductions d’impôt sur les sociétés de 33% à 25%.

Mais, pour les analystes de Mirabaud, les grands défis de la France restent la faible croissance de la productivité et la rigidité du marché du travail. Le taux de chômage atteint encore 9,7% de la population active, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro (8%). Emmanuel Macron a promis de le faire passer à 7% d’ici 2022.

Arthur Junus, économiste chez Mirabaud, rappelle que cet écueil structurel ne se surmontera pas via «une politique keynésienne de relance». Il faudra, selon lui, qu’Emmanuel Macron soit capable «d’approfondir la loi El-Khomri (sur la flexibilisation du marché du travail, ndlr.) tout en redessinant le dialogue social», à la manière de Gerhard Schröder dans l’Allemagne des années 2000. La solution? Arthur Junus pointe en direction des compromis de Macron, qui a déjà «renoncé à revenir sur certains acquis comme les 35 heures ou l’âge de la retraite.»

Faire sauter les critères de Maastricht

Bruno Colmant souligne également la «désindustrialisation» de la France dont le secteur secondaire ne représente plus que 12% de son PIB (contre quelque 20% en Suisse). «Emmanuel Macron veut investir pour permettre à la France de prendre le virage numérique. C’est la seule voie possible pour son économie.» Budget: 15 milliards d’euros (environ 16,4 milliards de francs) pour la formation et l’éducation, ainsi que 5 milliards pour la modernisation de l’Etat par le passage au numérique. Deux mesures figurant dans un plan d’investissements à 50 milliards.

Même si les coupes budgétaires doivent compenser ces dépenses, il est «irréaliste d’envisager un retour rapide à l’équilibre budgétaire pour la France», estime l’économiste pour qui les critères de Maastricht – un déficit budgétaire qui n’excède pas 3% du PIB et une dette publique ne dépassant pas 60% du PIB doivent être assouplis. «L’élection d’Emmanuel Macron renforce l’Union européenne. On devrait maintenant voir un peu plus de tolérance de Berlin en matière monétaire et budgétaire. Ce qui devrait permettre à l’Europe, dans sa globalité, de sortir du contexte de désinflation.»

De bon augure pour l’économie suisse – soulignent en cœur nos interlocuteurs – elle qui a «besoin d’une Europe forte», son principal partenaire commercial.


Pour les Chinois, le cheval a vaincu le dragon

Xi Jinping a félicité Emmanuel Macron, dont le nom chinois évoque la campagne électorale

Traduit littéralement en français, le nom chinois d’Emmanuel Macron pourrait être lu comme une métaphore de sa victoire dans la conquête de l’Elysée. Ma Ke Long (马克龙), le nom en mandarin par lequel il est connu en Chine, signifie «le cheval contraint le dragon». Celui de Marine Le Pen est composé de deux caractères, Le Pang (勒庞), «forcer» et «immense». Mais les Chinois ne les voient pas forcément ainsi. Ils cherchent surtout à se rapprocher phonétiquement du nom original.

Hier déjà, Xi Jinping a félicité le futur chef de l’Etat français, a annoncé Xinhua, l’agence de presse chinoise. Le président chinois a annoncé vouloir renforcer les liens entre les deux pays, qui disposent d’un siège permanent au sein du Comité de sécurité des Nations unies. Xi Jinping a ajouté vouloir élever à un nouveau niveau le partenariat stratégique entre les deux pays.

Défenseur de l’ouverture

L’arrivée d’un défenseur de l’ouverture au monde à la tête d’un des pays du G7, une première depuis l’élection du premier ministre britannique Theresa May et du président américain Donald Trump, répond aux aspirations chinoises. Depuis le Forum économique mondial (WEF) de Davos, Xi Jinping aspire à renforcer la mondialisation, comme il le montrera encore ce dimanche à Pékin lors d’un sommet consacré à la «nouvelle route de la soie», un vaste projet d’infrastructures en Asie, en Europe et en Afrique. La Chine se réjouit en outre que le nouveau président français fasse de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité, contrairement au locataire de la Maison-Blanche.

Critique envers le «dumping» chinois

L’attitude d’Emmanuel Macron face à la Chine reste pourtant à préciser. La deuxième puissance économique mondiale a été pratiquement absente des sujets débattus pendant la campagne électorale. En mars, interrogé par une télévision hongkongaise, le candidat d’En marche! avait loué les relations entre les deux pays, mais aussi averti qu’il préserverait les intérêts de l’industrie française face au géant chinois. Début 2016, alors qu’il était encore ministre de l’Economie, Emmanuel Macron avait critiqué le «dumping» mené par la Chine dans l’acier et appelé à «une mobilisation d’urgence» pour soutenir le secteur en France et en Europe. «Il faut se garder de toute naïveté ou de toute volonté de transiger», avait-il alors déclaré.

A lire: Bruxelles voit s’éloigner le scénario catastrophe d’un Frexit

De leur côté, les Chinois aussi ont suivi la campagne électorale, mais sous un autre angle. La différence d’âge entre Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, son ancienne professeur de lycée, a fait causer. Sur la toile, certains internautes y ont vu une romance à la française. D’autres ont rapproché leur union d’une des intrigues d’Au nom du peuple. Dans cette série télévisée populaire, sorte de version chinoise de l’américaine House of Cards, un des personnages clés y épouse, par ambition politique, une femme de dix ans son aînée. (Frédéric Lelièvre, Hongkong)

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