Economiesuisse affiche un ton résolument optimiste dans ses prévisions pour 2017, en dépit des inconnues liées au Brexit et à la politique qui sera mise en place par le nouveau président des Etats-Unis. «Les importantes incertitudes entourant le Brexit pèsent sur les investissements à long terme, alors que l’élection de Donald Trump a une incidence positive sur ceux-ci», a mis en perspective Rudolf Minsch, le chef économiste de la Fédération des entreprises suisses, lors de la présentation des prévisions économiques de l’organisation jeudi à Zurich. En effet, de nombreux acteurs tablent sur une hausse des investissements dans les infrastructures et des baisses d’impôts.

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Indépendamment de l’élection, les Etats-Unis font à nouveau figure de locomotive pour l’économie mondiale, alors que l’Europe reste à la traîne, pénalisée par une situation qu’il juge toujours «particulièrement inquiétante» dans les pays du sud de l’Europe, notamment en ce qui concerne l’Italie.

Malgré des coûts élevés liés à un franc toujours surévalué, l’économie helvétique devrait bien se sortir d’affaire l’an prochain, estime l’organisation. Pour 2016, elle s’attend ainsi à une progression de 1,5% du produit intérieur brut (PIB) helvétique, davantage que celle de 1,3% estimée lors de la publication de ses dernières prévisions en juin dernier. En 2017, la hausse du PIB suisse devrait s’accélérer à 1,7%.

Consommation toujours faible

Paradoxalement, l’accélération de la croissance économique attendue l’an prochain, qui devrait retrouver un rythme de croisière proche des années 2013 (1,8%) et 2014 (2%) interviendra dans un contexte d’une faible consommation des ménages, revue à la baisse par rapport aux prévisions de juin. Les dépenses des ménages ont stagné à la fois au deuxième et au troisième trimestre 2016 en comparaison trimestrielle, comme l’a indiqué le Secrétariat d’Etat à l’Economie vendredi dernier. En 2016 et 2017, les dépenses des ménages ne devraient croître que de 1 et 1,1%.

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Comment expliquer ce faible niveau, inférieur de près de moitié par rapport aux années 2013 et 2014? Rudolf Minsch l’attribue à un sentiment d’«insécurité» des consommateurs. Il cite à la fois les incertitudes liées au cadre politique, l’impact défavorable des taux négatifs sur les rendements des caisses de pension ainsi qu’une légère hausse du taux de chômage depuis 2015.

La pharma recrutera, l’horlogerie souffrira

A cet égard, une légère amélioration de la situation est attendue l’an prochain, avec un taux de chômage qui s’établit à 3,2%. Si la hausse des effectifs se poursuivra dans l’industrie chimique et pharmaceutique, dans le système de santé ou dans les administrations, des pertes d’emplois sont à attendre dans certaines branches exportatrices comme l’horlogerie, le textile ou l’industrie des machines ainsi que dans le secteur bancaire et les télécommunications.

Les politiques monétaires ultra-accommodantes n’ont plus d’effets

Autre changement de cap important attendu: l’inflation, estimée à 0,4% en 2017, sera positive pour la première fois en Suisse depuis 2011. Cela pourrait-il remettre en question les taux négatifs? Sans formuler de pronostic à ce sujet, Rudolf Minsch indique «espérer» que les banques centrales sortent de leurs politiques monétaires ultra-accommodantes dont l’efficacité s’amenuise au fil des années. Selon lui, les caisses de pensions, qui ont un horizon de placement de 30 à 40 ans, pourront en effet supporter sans trop de conséquences négatives des taux négatifs durant deux à trois ans – mais pas durant dix ans.