Soleil, terrasses accueillantes, tout était réuni à Baar en début d’après-midi pour passer un bon moment de bonne humeur dans le quartier de la Waldmannhalle. L’ambiance était cependant tout autre à l’intérieur du bâtiment où s’est tenue l’assemblée générale du groupe chimique Sika dans un climat de conflit de pouvoir entre la famille Burkard, propriétaire majoritaire, et les petits actionnaires, parmi lesquels un fonds d’investissement de la Fondation Bill & Melinda Gates.

Urs Burkard, qui a défendu la position de la famille propriétaire devant les actionnaires, s’est fait siffler. «Les emplois seront assurés. Saint-Gobain l’a garanti, explique-t-il. Sika restera une société suisse cotée à la bourse suisse. Et puis tous les actionnaires ont accepté, à l’époque la clause d’opting out».

Petit rappel des faits. Début décembre 2014, incognito, la famille Burkard profite d’une clause d’opting out (suspension de l’obligation de faire une offre à tous les actionnaires via une offre publique d’achat) pour céder son paquet d’actions, et du même coup la majorité des voix, au groupe français Saint-Gobain dix fois plus gros et concurrent de Sika sur certains marchés.

Le président du Conseil d’administration de Sika et la direction du groupe suisse, spécialisé dans la chimie de la construction, protestent. Pourquoi le groupe Saint-Gobain, en achetant 16% du capital actions aurait-il le droit de s’emparer de 52% de la société? La fondation Ethos et indirectement Bill Gates, au nom du principe une action une voix, entrent dans la bagarre. Des procès sont en cours, mais la justice n’a pas encore tranché de manière définitive. Les décisions de l’assemblée générale seront, elles aussi, très certainement contestées.

Dominique Biedermann, président de la Fondation Ethos, a recueilli, lui, les applaudissements de la salle en attaquant directement le représentant de la famille Burkard. «Vous avez trahi la confiance des actionnaires. Votre comportement est irresponsable. On ne peut pas vendre une entreprise sans en discuter avec le Conseil d’administration». Le représentant de Cascade, fonds d’investissement de la Fondation Bill Gates, renchérit: «Pouvoir devenir majoritaire d’une société en détenant 16% des actions porte atteinte à la réputation du marché boursier suisse. Ce n’est pas une transaction commerciale, c’est du pur opportunisme».

A l’heure des premières décisions importantes, près de quatre heures après le début de l’assemblée, la décharge du conseil d’administration pour l’exercice 2014 a été octroyée par 91,67% des 3,38 millions de voix en présence de 675 actionnaires à Urs Burkard, mais refusée à plusieurs membres du conseil d’administration qui se sont opposés au rachat par Saint-Gobain. Peter Hälg, président du Conseil d’administration s’est ainsi vu refuser la décharge par 74,66% des voix. Cela s’explique par le fait que la famille Burkard a pu exercer sa majorité des voix.

Lors de l’élection des membres du Conseil d’administration les voix ont été limitées à 5% au maximum par actionnaire, sur décision juridiquement contestée du Conseil d’administration, ce qui a conduit à l’élection de Paul Hälg par 86,47%. Urs Burkard est aussi resté en place (82,52% des voix), car la limite de 5% n’a pas été exigée lors de son élection. La tentative de la famille Burkard d’imposer un nouveau président en la personne de Max Roesle, a en outre été refusée par 86,57% des voix.

Les décisions de l’assemblée générale ont encore compliqué la situation juridique de Sika sans contribuer à ce qu’une solution négociée autour des conditions d’acquisition du groupe par Saint-Gobain soit trouvée.