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Le Conseil fédéral et la BNS nous doivent-ils 80 milliards de francs?

En octobre 2008, le Conseil fédéral et la Banque nationale suisse (BNS) ont sauvé UBS, en état de faillite, en lui accordant un soutien de 45 milliards de francs, pour le bien de notre pays, de notre économie et des milliers de clients de cette banque.

En soi, ce secours était judicieux. Il y a tous les jours des sauvetages d’entreprises en difficulté. Toutefois, grande différence avec UBS, les financiers qui se lancent dans ces opérations prennent le contrôle des sociétés qu’ils espèrent sauver. L’unique manière intelligente d’éviter la faillite d’UBS aurait donc été de s’assurer une partie de son capital, afin que le bénéfice de cette protection fédérale, à terme, profite aux cantons et à l’ensemble des Suisses.

Le gouvernement américain l’a fait, notamment en prenant 61% du capital de General Motors. Certes, revendant ses participations un peu trop tôt, il n’en a pas tiré tous les profits possibles. Mais pourquoi la Confédération, elle, n’a-t-elle pas pris une participation dans UBS? Aujourd’hui, alors que la BNS risque, à son tour, de devoir être recapitalisée, il est peut-être utile de poser la question.

En effet, plutôt que d’entrer au capital, la Confédération a souscrit un emprunt convertible de 6 milliards de francs. Et la BNS, elle, a créé un «fonds de stabilisation» (ou «fonds poubelle») de 39 milliards de francs.

Sans ce soutien, UBS était en faillite. Le prix auquel ses deux sauveteurs auraient pu entrer au capital de cette banque était donc la valeur nominale de son action (soit 10 centimes), quitte à accepter une légère prime, soit un franc par action (base de nos calculs). Mais en tout cas pas les 16,74 francs que la Confédération a acceptés pour la conversion de l’emprunt convertible qu’elle a souscrit (soit 360 fois la valeur du nominal).

La Confédération ayant investi 6 milliards et la BNS 39 milliards de francs, ce qui correspond à la création de 45 milliards de nouvelles actions, la BNS (donc, les cantons) aurait détenu 82,6% du capital d’UBS, la Confédération 12,7% et les anciens actionnaires 4,2%, victimes d’une forte dilution (le montant avancé équivalant presque aux 41 milliards de capitalisation boursière de l’UBS en 2008).  

Les anciens actionnaires auraient beaucoup perdu, comme ceux de Swissair avant eux, mais conservaient une chance de récupérer une part de leur perte au fil des années. Toutefois, un tel choc aurait entraîné, de la part de grands fonds ou caisses de pension, des actions en justice désagréables contre la direction d’UBS. Eventualité que nos autorités ont, de toute évidence, préféré éviter…

Aujourd’hui, la valorisation boursière d’une action UBS est de l’ordre de 19 francs. La part de la Confédération vaudrait ainsi 10 milliards. Et la part de la BNS 66 milliards. Les cantons et le peuple suisse auraient bénéficié d’une fortune de quelque 76 milliards de francs, plus des dividendes de près de 2 milliards par an.

Depuis, la BNS a laissé son bilan exploser de 40 milliards à plus de 500 milliards, avec des pertes ou des profits de plus de 300 millions par jour. On peut légitimement se demander s’il va falloir de nouveau payer, à la suite de décisions irrationnelles de nos autorités, notamment sur la recapitalisation de la BNS ou la compensation financière du non-paiement de dividendes de la BNS aux cantons.

Faudrait-il procéder à une recapitalisation de la BNS, si celle-ci devait se retrouver avec des fonds propres négatifs? Réponse inquiétante: dans un communiqué d’octobre 2011, on nous répond: «La réponse est non, car la Banque nationale n’est comparable ni à une banque commerciale, ni à aucune autre entreprise privée.» Mais, quelques lignes plus bas, on trouve l’affirmation contraire: «il est nécessaire que la Banque nationale renforce sa dotation en fonds propres pour pouvoir accomplir durablement et sans restriction son mandat de politique monétaire, dans l’intérêt général du pays». Que cache cette inquiétante contradiction?

Certains observateurs estiment que la BNS va bel et bien devoir augmenter ses fonds propres. Or, en cas d’augmentation des fonds propres, ce sont les cantons qui devront payer, alors que ces mêmes cantons auraient pu être propriétaires d’une banque dont la valorisation boursière vaut désormais près de 80 milliards de francs…

La Suisse souffre de la méconnaissance économique de ses politiciens de milice et d’établissements «too big to fail» gérés par des managers trop payés, trop influents et, surtout, n’assumant aucun risque personnel d’entrepreneur dans les sociétés qu’ils dirigent. 

La solution? La création, par la Confédération et la BNS, d’un fonds souverain de 80 milliards, dont la force de frappe financière bénéficierait aux cantons, via de grandes infrastructures, des investissements d’intérêt public, des projets industriels ou de recherche universitaires. Car nous devons absolument surmonter notre handicap du franc fort en nous renforçant de l’intérieur et non pas en affaiblissant notre monnaie.

* Bruellan Wealth Management

Faudrait-il recapitaliser la BNS, si celle-ci devait se retrouver avec des fonds propres négatifs?