«La reprise économique sera lente et se fera sentir en Suisse avec six à huit mois de retard sur l’Europe. On entre dans deux à trois ans de vaches maigres». Doris Leuthard, ministre de l’économie, n’enjolive plus le tableau, en commentant les nouvelles prévisions conjoncturelles, à la baisse, présentées mercredi par le secrétariat d’Etat à l’économie (Seco).

Le produit intérieur brut (PIB) chutera de 2,7% en 2009 et de 0,4% en 2010. Il y a trois mois le Seco pensait que la reprise économique serait au rendez-vous en 2010 déjà et que la réduction du PIB serait limitée à 2,2% cette année. Les chiffres du chômage sont revus à la hausse pour 2010, avec un taux de 5,5% au lieu de 5,2%, ce qui place la barre à quelque 220 000 chômeurs, contre 135 000 aujourd’hui.

Tous les paramètres du PIB sont revus à la baisse, sauf celui des exportations, avec une progression de 1,4% attendue en 2010, contre 1% envisagé il y a trois mois. La consommation privée, rare soutien conjoncturel en ce moment, passe désormais dans le rouge (- 0,2%) en 2010 à cause, notamment, de la hausse du chômage. Doris Leuthard s’est dit préoccupée par un taux de chômage de 9% attendu chez les jeunes de 20 à 24 ans.

Proposé mercredi par le Conseil fédéral, le troisième programme de relance, limité à 400 millions de francs pour ne pas contrevenir à la règle du frein à l’endettement, se concentre sur l’aide au premier emploi ou la création de places de stage. L’une des mesures consiste également à augmenter de 10% les possibilités d’effectuer un service militaire long, ce qui retarde l’entrée dans la vie professionnelle.

Travail subventionné La principale mesure, estimée à 238 millions de francs, déjà éprouvée dans les années 1990, consiste à fournir de la main-d’œuvre, payée par la Confédération, aux organisations sans but lucratif. La durée de ces engagements est limitée à six mois. Le but consiste à prolonger le droit aux indemnités de chômage en évitant la brusque augmentation du nombre de personnes «tombant» à l’assistance sociale. En période de forte récession, le nombre de personnes arrivant en fin de droit peut dépasser 4000 par mois, contre 1500 aujourd’hui. Quelques décisions du gouvernement, pour un total de 65 millions de francs compris dans la nouvelle enveloppe de 400 millions, concernent un soutien indirect aux entreprises. Il s’agit par exemple de la promotion des techniques de l’information et de la communication (signature numérique notamment), de formation continue dans le secteur de l’énergie en manque de personnel, et de promotion des exportations par la création de plateformes réunissant des PME par branches économiques sous l’aile de l’Osec.

Le Conseil fédéral a discuté, sans les approuver, de projets plus ambitieux. Par exemple un paquet de 600 millions de francs pour réduire la charge de l’assurance-maladie pesant sur les ménages, ou un programme de 400 millions de francs pour développer l’économie verte (green deal). «Le Conseil fédéral a estimé, dans ce dernier cas, que les mesures prises via les deux premières étapes du plan de stabilisation, sont suffisantes», explique Doris Leuthard. Il s’agit principalement de quelque 200 millions destinés à l’assainissement des bâtiments et aux énergies renouvelables. Le gouvernement estime l’ampleur du plan de relance largement suffisante. En englobant les augmentations fiscales reportées, les effets induits et le rôle d’amortisseur conjoncturel de l’assurance chômage, il conclut à un volume «d’impulsions conjoncturelles» de 8 milliards de francs en 2009 et 7,4 milliards en 2010, soit cumulés près de 3% du PIB.

La majorité des partis politiques critique le troisième volet du plan de relance. Le parti socialiste le juge «insignifiant», l’USAM dénonce l’effet «boomerang» de la création d’emplois temporaires, alors que l’UDC et le PLR exigent des baisses d’impôts.