Le Conseil fédéral accélère le rythme concernant l’aide aux médias. Ce mercredi, il a approuvé un train de mesures structurelles portant sur quelque 70 millions de francs. Il accorde un soutien indirect de 20 millions supplémentaires sous forme de rabais postaux sur la distribution des journaux, de 30 millions pour favoriser la transition numérique et d’environ 20 millions pour des projets informatiques et la formation des journalistes.

Il était prévu que ce paquet ne soit présenté que dans un mois. Mais la crise du coronavirus, qui a plongé certains médias dans une situation financière dramatique, a bouleversé le calendrier. Dans un premier temps, le Conseil fédéral a refusé le 1er avril dernier d’allouer une aide d’urgence aux médias d’environ 80 millions pour ne pas créer de précédent avec d’autres secteurs économiques. En revanche, il a accepté de traiter plus rapidement d’une aide structurelle à plus long terme.

Le signal fort des Commissions

Une manière de procéder que les Commissions des transports et des télécommunications (CTT) des deux Chambres ne partagent pas. Elles ont approuvé deux motions en faveur d’une aide d’urgence, qui seront traitées la semaine prochaine par le Conseil national comme par le Conseil des Etats lors de leurs sessions extraordinaires. Ce faisant, elles ont envoyé un signal fort au Conseil fédéral.

«Dans notre démocratie directe, les médias jouent un rôle fondamental», estime le Conseil fédéral, qui tient à «renforcer la diversité du paysage médiatique et à soutenir la transformation numérique de la branche». Cette déclaration cache cependant une certaine prudence, car le gouvernement se montre un peu moins généreux que la proposition que lui a soumise Simonetta Sommaruga, la cheffe du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).

Du côté positif, le projet adopté par le Conseil fédéral reprend tous les éléments du paquet. En premier lieu, il prévoit une hausse de 20 millions des rabais postaux pour tous les quotidiens et hebdomadaires en abonnement. Jusqu’ici, seuls les titres tirant à moins de 40 000 exemplaires pouvaient en profiter. Ce plafond est supprimé, de sorte que des titres nationaux pourront aussi en bénéficier.

Aide numérique rognée

Le deuxième volet du paquet consiste en un coup de pouce aux médias en ligne à hauteur de 30 millions de francs, destiné aussi bien aux sites d’information uniquement numériques qu’aux médias traditionnels offrant un contenu payant sur la Toile. C’est ici que le Conseil fédéral a rogné sur la somme que voulait Simonetta Sommaruga, soit 50 millions. Certains de ses collègues, notamment Guy Parmelin, n’ont pas compris pourquoi seuls les contenus payants seraient soutenus. Les critères d’attribution précis de cette aide ne sont pas encore connus.

Enfin, le Conseil fédéral met à disposition 28 millions, soit au maximum 2% du produit de la redevance de radio-télévision s’élevant désormais à 1,4 milliard, en faveur de projets informatiques servant toute la branche, mais aussi destinés à la formation professionnelle. C’est une bonne nouvelle pour le Centre de formation au journalisme et aux médias (CFJM) de Lausanne, une fondation à but non lucratif qui ne touche aujourd’hui de la Confédération que 240 000 francs, soit 17% seulement de son budget.

La droite dure opposée

Dans l’ensemble, les associations d’éditeurs, que ce soit Médias Suisses en Suisse romande ou Schweizer Medien outre-Sarine, accueillent favorablement le paquet du Conseil fédéral. Ils déplorent cependant que le projet n’inclue pas le financement de la distribution matinale des médias écrits, celle qui n’est pas assumée par les facteurs de La Poste.

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Ce problème, qui augmenterait l’aide de 60 millions, le conseiller national et ancien journaliste Matthias Aebischer (PS/BE) compte bien l’aborder en session parlementaire. Mais les avocats des médias privés doivent veiller à ne pas trop charger le bateau, car, en Suisse alémanique, la droite dure rejette tout soutien. Les deux Chambres doivent désormais se prononcer en mai prochain sur des mesures d’urgence – que la gauche veut lier au non-versement de dividendes pour l’année 2020 –, puis sur l’aide structurelle à moyen terme cet été et cet automne.