La reprise de Swiss par Lufthansa sera, sauf énorme surprise, annoncée dans les prochaines heures. La compagnie helvétique a demandé lundi à la Bourse de suspendre la cotation de son titre pour éviter trop «d'insécurité dans le marché des capitaux». Le titre Swiss restera donc à 9,60 francs jusqu'à mercredi matin. D'ici là, les détails du rachat seront certainement connus.

Des deux côtés du Rhin, les administrateurs de Swiss et de Lufthansa vont se réunir dans la journée pour finaliser l'opération. Un dossier sera distribué aux membres des conseils d'administration. Il contiendra la réponse du Conseil fédéral (CF) au projet allemand de reprise. Les conditions dictées par Lufthansa ne devraient pas poser de problème majeur.

Actionnaire de taille

Le gouvernement a-t-il le droit de décider seul de vendre les actions de Swiss qui se trouvent dans les mains de la Confédération? Lundi soir, la délégation parlementaire des finances en débattait toujours. Dans la journée, plusieurs voix venant de politiques (dont le PS) et d'experts se sont élevées pour demander un vote du parlement. Les autres partis du gouvernement, tout comme les Verts estiment en revanche que la décision revient au Conseil fédéral.

La Confédération a joué un rôle central depuis le sauvetage de l'ex-Swissair. Elle figure en tête des actionnaires majoritaires, détenant 20,4% du capital de Swiss. Sa décision aura par conséquent valeur de symbole. Les autres investisseurs vont lui emboîter le pas. C'est par exemple le cas du canton de Zurich, actionnaire à hauteur de 10,2%. Les banques et multinationales ayant participé au sauvetage de Swiss à l'automne 2001 vont également donner leur aval. UBS détient 10,4% des actions, Credit Suisse 10% et l'importateur de voitures AMAG 6,8%. Nestlé, Novartis, Roche, Swiss Re et Kudelski avaient eux aussi mis la main à la poche.

Lufthansa devrait assurer un véritable futur à Swiss. Cette dernière va rejoindre une grande alliance (Star Alliance), et l'aéroport de Zurich pourra garder un certain poids. De plus, de nouveaux investissements vont s'avérer nécessaires. Selon l'ATS, Swiss devra investir 700 millions de francs pour moderniser sa flotte régionale et 300 millions pour acquérir de nouveaux appareils long-courriers. Des achats qui nécessiteront une augmentation de capital de 600 millions de francs. Cette ardoise n'aurait jamais passé en Suisse. «Il n'y a pas le moindre signe d'une telle volonté de la part des milieux politiques et économiques», relève Walter Bosch, vice-président de Swiss.

Différents prix et estimations ont été articulés ces derniers jours sur la valeur de Swiss. Le spectre est extrêmement large. Il varie de 100 millions à 1 milliard de francs. La capitalisation boursière de la compagnie se monte à 505 millions.

Le montant de 1 milliard a été calculé par l'UDC Christopher Chandiramani, associé chez Argus Finanz à Zurich. L'offre de Lufthansa avoisine plutôt les 100 millions. Un peu plus de 70 millions pour les petits actionnaires (14% du capital), et 25 millions pour les actionnaires majoritaires (86%). Ce montant sera payé une fois la compagnie redevenue profitable, d'après le SonntagsBlick. Dans ce scénario, la Confédération toucherait 6 millions, une paille. N'avait-elle pas injecté 2 milliards en 2001?