Le Conseil fédéral a mis sur pied lundi un groupe de travail interne à l'administration chargé d'analyser la situation préoccupante de SAirGroup. Il s'agit en particulier de préparer l'assemblée générale des actionnaires du 25 avril, qui s'annonce agitée. A ce stade, le Conseil fédéral n'exclut pas de ne pas voter la décharge du conseil d'administration, ni d'engager d'éventuelles procédures juridiques contre le conseil d'administration et/ou les organes de révision.

Sur la question de savoir si une intervention politique est nécessaire et/ou souhaitable pour sauver SAirGroup – comme l'exige le Parti socialiste suisse –, Moritz Leuenberger a maintenu lundi une ligne ferme: «Le Conseil fédéral estime qu'un soutien financier est politiquement inopportun, d'autant qu'aucune demande en ce sens n'est parvenue au gouvernement.» La révision récente de la loi sur la navigation aérienne – conséquence directe de l'abandon de Cointrin par SAirGroup – a en effet largement coupé les liens étroits qui unissaient la compagnie nationale et la Confédération. Cette dernière n'a plus son mot à dire dans le domaine stratégique et opérationnel du groupe aérien et elle n'est plus représentée au conseil d'administration depuis deux ans. Contrairement à Swisscom, les CFF ou La Poste, la Confédération n'y détient en outre plus qu'une participation symbolique (3% du capital-actions).

Cette fermeté recueille un large soutien dans les rangs des partis bourgeois. «On ne peut être à moitié enceinte. Soit une entreprise est en mains de l'Etat et celui-ci doit alors assumer les erreurs commises, ou alors une entreprise est privée – c'est le cas de Swissair – et l'Etat doit alors se tenir à l'écart», résume le président de la commission des transports du Conseil national, Duri Bezzola (PDC/GR).

En deuxième analyse, les choses sont toutefois moins simples. Sur le papier, SAirGroup est une société totalement privée. Mais la compagnie continue à incarner émotionnellement une part de la Suisse. «Et, surtout, il faut s'imaginer ce que représenterait pour la Suisse et sa place économique la disparition d'un réseau aérien de premier plan», souligne la radicale genevoise Madeleine Bernasconi, membre du conseil d'administration de Cointrin.

Le président des radicaux, Franz Steinegger, va même plus loin en concédant que «la Suisse ne pourrait en principe pas se permettre de ne plus avoir de hub». En dernier ressort, il n'exclut donc pas complètement une intervention financière de l'Etat dans le cadre d'une opération de restructuration du capital. «Actuellement, un soutien étatique serait hors de propos. La balle est dans le camp de SAir Group. La Confédération n'a pas à s'immiscer dans le plan d'assainissement de la compagnie aérienne.»

Détachement

Si la question devait se poser concrètement, il paraît donc clairement que le monde politique laisserait SAirGroup tomber en faillite ou être absorbé par une alliance étrangère sans sourciller. A condition toutefois que la pérennité d'un grand hub soit garantie en Suisse. «En soit, je me moque de savoir si les lignes au départ de la Suisse sont exploitées par SAirGroup, British Airways ou n'importe quelle autre compagnie aérienne. En revanche, dans tous les cas de figure, nous devons être certains que la Suisse conservera un grand réseau de qualité», résume la conseillère nationale argovienne Doris Leuthard (PDC), qui a déposé lundi une interpellation au Conseil fédéral sur la question.