«Circulez, il n'y a rien à voir et rien à dire.» C'est, en substance, la réponse de l'ensemble des porte-parole de l'administration et du Conseil fédéral depuis l'éclatement de la crise financière. Le gouvernement suit la crise, s'enquiert, se renseigne et esquisse tous les scénarios possibles. Mais il ne dit rien de plus, partant du principe que la simple évocation de ces scénarios accentuerait la panique.

Ce manque de communication confine «à l'inconscience», critique le sénateur Alain Berset (PS/FR). Le PS s'efforce d'anticiper les conséquences sur l'économie réelle, raison pour laquelle il s'en prend surtout à Doris Leuthard. «Cette personne a disparu au beau milieu de la crise des marchés financiers et n'a pas donné de nouvelles depuis plusieurs jours», reprochait un avis de disparition ironique publié jeudi. Lassé, le PS a adressé une lettre à Pascal Couchepin dans l'espoir qu'une réunion extraordinaire du Conseil fédéral et des partis gouvernementaux - c'est-à-dire sans l'UDC - soit organisée.

«Inutile de crier au loup», clame-t-on au contraire à droite. «Actuellement, on ne peut que craindre pour l'économie réelle», souligne Damien Cottier, secrétaire politique du PRD, qui estime que le PS jette de l'huile sur le feu. Le PRD propose cependant qu'on allège les ménages en leur offrant dès 2009 une nouvelle compensation de la progression à froid. A l'UDC, le conseiller national Luzi Stamm (UDC/AG) dit qu'«il serait dangereux de tirer des plans sur la comète avant qu'il ne se soit véritablement passé quelque chose».

Pirmin Bischof (PDC/SO) salue, comme plusieurs spécialistes en communication qui ont donné leur avis dans le Tages-Anzeiger, la prudence du Conseil fédéral. La semaine dernière, avec des collègues du PDC, il s'est entretenu avec des conseillers fédéraux pour s'assurer que la situation était sous contrôle.

«Un système de beau temps»

Pour Christoph Doktor, spécialiste du Center for Security Sudies de l'EPFZ, une véritable cellule de crise doit cependant être mise en place, selon le principe que l'action est toujours meilleure que l'inaction. «Cette cellule aurait avant tout pour mission d'élaborer une communication régulière avec les médias», explique le spécialiste. Cela même s'il n'y a pas d'évolution marquante de la crise, dans le simple but d'éviter que de fausses interprétations se propagent. Au sein des partis, beaucoup regrettent d'ailleurs l'absence de spécialistes de la communication de crise au sein des départements. Ce qui fait dire à certains que «le système actuel n'est qu'un système de beau temps».

Le Conseil fédéral, qui reste coi sur ses intentions et a profité des relâches automnales pour avancer à l'abri des regards, devra peut-être adapter sa stratégie. Après s'être contentés pendant trois semaines de diffuser des communiqués apaisants, trois de ses membres ont profité de leur participation à des manifestations locales outre-Sarine pour lever quelques minuscules coins de voile, de façon pas forcément coordonnée. Le président de la Confédération, Pascal Couchepin, la ministre ad interim des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, et celle de l'Economie, Doris Leuthard, ont lâché quelques bribes sur la crise, ses éventuelles retombées sur la Suisse et l'effort que la Confédération serait prête à faire le cas échéant.

Doris Leuthard rassurante

Comme pour donner tort au PS, c'est Doris Leuthard qui, à la radio alémanique, s'est montrée la plus «prolixe». Elle a reconnu que le Conseil fédéral, la BNS et la CFB devaient être prêts à «activer un plan d'urgence en quelques heures en cas de besoin». Fidèle à la règle fixée, elle n'a donné aucun détail, mais a précisé que «le Conseil fédéral ne laisserait aucune de nos grandes banques tomber en faillite». Pascal Couchepin s'est exprimé dans le même sens à la TV alémanique.

Repris par Bloomberg, ces propos ne sont pas passés inaperçus et montrent que, sur la durée, une stratégie de communication basée sur le mutisme absolu est difficile à tenir. La pression va d'ailleurs s'accentuer dès lundi, lorsque se réunira la Commission économique du National, présidée par la socialiste Hildegard Fässler.