Le gouvernement helvétique a consacré 90 minutes, mercredi au début de sa réunion hebdomadaire, à la situation sur les marchés financiers. Il a fait le tour du problème en présence d'experts et de responsables de la stabilité financière et monétaire dont les noms n'ont pas été dévoilés.

Aucune conférence de presse n'a eu lieu, aucun communiqué n'a été publié, et toutes les personnes proches du dossier ont été tenues au secret le plus total sur le fond et la forme des délibérations. Une telle attitude de mutisme délibéré, alors que des décisions sur d'autres sujets auraient justifié l'apparition d'un membre du gouvernement, est exceptionnelle.

«Toutes les questions importantes ont été abordées. Dès que le Conseil fédéral aura quelque chose à communiquer, il le fera», assure Oswald Sigg, porte-parole du Conseil fédéral. Tout porte à croire qu'un projet de renforcement de la sécurité de l'épargne est en voie d'élaboration et qu'il sera discuté, en décembre, lors de la prochaine session parlementaire ordinaire. Rappelons que la Commission européenne enjoint les membres de l'Union à garantir au moins 100000 euros par dépôt d'épargne. La Suisse s'en tient, pour l'instant, à l'accord d'autorégulation des banques qui fournit un remboursement anticipé de 30000 francs par compte et par personne en cas de faillite d'un établissement, jusqu'à un maximum de 4 milliards de francs.

Cavalier seul

«Tous les gouvernements européens se sont exprimés sur cette crise financière mondiale. Seul le Conseil fédéral ne dit rien, s'indigne le conseiller aux Etats socialiste Alain Berset. Cela m'inquiète, car si vraiment tout était rose, rien n'empêcherait le gouvernement de le dire clairement.»

Alain Berset estime que «le Conseil fédéral doit dire la vérité». Mais dire la vérité et présenter des plans catastrophe, ne risque-t-il pas de provoquer un mouvement de panique qui péjorerait la situation? «Cet argument, souvent entendu, ne tient pas la route, souligne le député. C'est comme si, sous prétexte qu'un avion ne peut pas tomber, on ne présentait pas aux passagers les consignes de sécurité avant le décollage pour éviter qu'il s'écrase.»

Pirmin Bischof, démocrate-chrétien soleurois, «comprend» le mutisme du Conseil fédéral sur la crise.

«La situation de la Suisse est différente de celle des pays européens, explique-t-il. Et puis, je suis certain que le gouvernement agira ces prochains jours ou ces prochaines semaines dans le domaine de la garantie de l'épargne.»

Luzi Stamm (UDC, Argovie), qui avait demandé sans succès, en mars, l'élaboration de scénarios catastrophe, est aujourd'hui calme: «Je fais confiance au Conseil fédéral. Cela me suffit de savoir qu'il discute de ces problèmes.»