«Je ne peux pas dire aujourd’hui si la centrale thermique de Chavalon se construira ou pas, mais il y a désormais de l’espoir avec la nouvelle ordonnance du Conseil fédéral.» Alexis Fries, directeur d’EOS Holding, actionnaire principal d’Alpiq, chargé du projet de Chavalon près de Monthey, est satisfait du double taux de rendement des centrales thermiques admis par le gouvernement.

Dans sa séance de mercredi, le Conseil fédéral a accepté, contre la majorité des milieux consultés, de faire une exception pour favoriser la réalisation de la centrale à gaz perchée à flanc de montagne à un endroit ou la récupération de chaleur pour le chauffage à distance s’avère impossible. Concrètement, le gouvernement a fixé à 62% le rendement total minimal des centrales à gaz. Ce taux est notamment valable pour le projet de Cornaux (NE). Il a réduit ce taux à 58,5% «pour les centrales sises à des emplacements où une centrale a déjà été exploitée auparavant». C’est en fait une «lex Chavalon», car la centrale thermique a fonctionné avec du pétrole lourd jusqu’en 1999, en dégageant un million de tonnes de CO2 par an pour un faible rendement électrique.

Le démantèlement des installations et la conversion du site en centrale à gaz de la dernière génération sont devisés entre 600 et 700 millions de francs, gazoduc et nouvelle ligne à haute tension compris. «Il est clair qu’avec une exigence de rendement de 62%, le projet aurait été abandonné», admet Alexis Fries. A noter que les concurrents d’Alpiq, notamment les Forces motrices bernoises, Axpo, et le Groupe E concerné par le projet de Cornaux, ont proposé au Conseil fédéral de refuser la dérogation pour Chavalon. Un certain nombre d’obstacles demeurent néanmoins pour réaliser cette installation devant produire, en Bas-Valais, 2,2 milliards de kWh par an, soit la consommation de 460 000 ménages.

Recours en suspens

Plusieurs organisations écologistes ont fait recours et EOS Holding devra négocier avec la Confédération un programme de compensation des émissions de CO2. Selon la loi, 70% des rejets annuels moyens de 600 000 tonnes de CO2 à Chavalon devront être compensés en Suisse. Cela se fera sous forme d’investissements, de 15 à 20 millions de francs par an, dans des techniques de pompes à chaleur. «C’est un programme original, innovant et d’une grande importance», promet Alexis Fries. Le solde des compensations, soit 30%, sera effectué par des achats de certificats CO2 à la bourse européenne.

Les centrales à gaz à cycle combiné font partie de la stratégie des grandes entreprises électriques suisses pour assurer l’approvisionnement en électricité après la fin, progressive dès 2012, des contrats d’achat à long terme de courant nucléaire français. Selon les grands producteurs suisses d’électricité, les centrales à gaz doivent assurer la transition avant la construction de deux nouvelles centrales nucléaires.